Salon de lecture

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Echapper à la mort de la France (F. Billot de Lochner)

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Titre:

Echapper à la mort de la   France

Les mesures de la dernière chance

Auteur:

François Billot de Lochner

Editeur:

François-Xavier de Guibert

Date de   parution:

Janvier 2015

 

Décidément, le thème de la mort de la France est à la mode en ce moment… Même si l’auteur se distingue d’Eric Zemour et de son récent Suicide français -malgré un constat analogue- en ce qu’il veut croire que le suicide n’est pas irrémédiable. Sa démarche est assez originale, quoiqu’elle puisse faire penser à la mode américaine des « think tanks » et autres groupes de pression : il propose dans ce livre, qu’il a fait parvenir à toutes les municipalités françaises, pas moins de 30 mesures qu’il a l’intention de soumettre à tous les candidats de l’élection présidentielle de 2017. Il n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il avait déjà rédigé 12 mesures pour 2012 et 17 propositions pour les municipales de 2013 (cette inflation des remèdes ne plaide pas pour une amélioration de la santé du pays !). Après avoir résumé son état des lieux et ses mesures, on pourra s’interroger sur la pertinence de cette démarche.

 

Le constat de la mort de la France ou, tout du moins, de l’état avancé de notre décadence est malheureusement assez évident… F. Billot de Lochner nous l’expose selon 4 axes : « l’affaissement politique, la débâcle économique, la folle dislocation sociale, et l’effondrement culturel et moral ». Ne traitant que de politique intérieure, il n’aborde pas directement dans l’affaissement politique la perte de rayonnement extérieur. Il y aurait pourtant de quoi dire, ne serait-ce qu’en constatant l’extraordinaire constance avec laquelle, de Sarkozy à Hollande, on évite soigneusement de poursuivre des intérêts français, pour ne tenir docilement que le rôle de supplétifs des Etats-Unis (allant même parfois jusqu’à un zèle intempestif, comme lorsque notre président actuel a pris l’initiative de vouloir aller bombarder tout seul la Syrie, pour lui apprendre les bonnes manières… L’impétueux !). L’auteur insiste donc sur le divorce entre le peuple et une classe politico-médiatique de plus en plus coupée des réalités de terrain et des préoccupations populaires. Il met aussi en avant l’hypertrophie administrative, qui fait de la France probablement le dernier Etat soviétique du monde (je revendique la paternité de ce jugement qui ne se trouve pas dans le livre, mais il me semble bien résumer la situation…).

La débâcle économique peut se dévoiler dans l’accroissement préoccupant de la dette et du déficit publics, ou encore dans la gestion catastrophique des administrations et des grandes entreprises publiques… Corollaire du système social français, généreux mais plus viable, et de la fonctionnarisation croissante, ce qui reste de secteur privé, dans un contexte de désertification industrielle, est de plus en plus écrasé par l’Etat.

Tout lien social est réduit en miettes avec constance par le refus de toute valeur ancienne et enracinée, au profit d’un individualisme atomisant. L’auteur montre encore la réalité de cette dilution du lien social dans la politique du logement (avec les « zones de non droit » auxquelles elle a abouti dans nos banlieues), et la dévalorisation du travail (plus discutable, sauf si on rapproche ça de la fonctionnarisation, ce que ne fait pas explicitement l’auteur).

L’effondrement culturel et moral précédemment cité comme cause de dilution sociale résulte de l’action concomitante des mondes médiatique, éducatif et législatif, ces « élites qui dirigent la France ». Les valeurs familiales sont les premières victimes des incitations au vice par les média, des lois contre nature, ou encore de la répression sélective qui frappera plus durement des manifestants pacifiques contre la loi Taubira que de véritables perturbateurs de l’ordre public. A la dictature médiatique abêtissante, on peut encore ajouter l’échec complet de l’Education Nationale qui, à force d’idéologies, est arrivée à produire des générations entières dénuées de toute intelligence structurée.

 

En réponse à ce constat, l’auteur propose 30 mesures, qu’il juge impératives pour enrayer cette mort annoncée : d’ordre politique, à caractère économique et social, puis d’ordre culturel et moral. La première se retrouve de temps en temps, comme sous la plume d’Alliot-Marie, et consiste à institutionnaliser un référendum d’initiative populaire sur le modèle suisse(*), lorsqu’il est demandé par 2% du corps électoral, avec obligation de tenir compte du résultat sur un plan législatif. Viennent ensuite le retour à la souveraineté nationale contre la technocratie bruxelloise (primauté du droit national), puis la sortie de l’euro. A propos des comptes publics, il propose de renégocier la dette de l’Etat (et aussi de revenir sur la loi de 1973), de réduire le nombre de fonctionnaires, de rééquilibrer la fiscalité en abaissant les impôts directs, de plus en plus contestés et contournés, et de limiter les subventions aux associations. La proposition 7 vise à repenser la politique environnementale sur des bases pragmatiques. Pour garantir l’ordre public, la création d’une Garde nationale augmenterait les effectifs des forces de l’ordre « sans surcoût significatif », à quoi s’ajoute un durcissement des peines et une responsabilisation pénale des juges quant aux conséquences de leurs décisions. La révision des accords de Schengen permettrait de maitriser notre immigration. La restauration de la puissance militaire passe par une augmentation des budgets de la Défense, l’élaboration d’un nouveau livre blanc et la sortie du commandement intégré de l’OTAN. La mesure 12 propose ni plus ni moins que la recréation d’un service civique élargi, civil ou militaire, essentiellement dans un but de formation de la jeunesse (mais alors, que fait l’Education nationale ?!). Enfin, la dernière mesure politique propose de mettre en place une politique fiscale attractive pour enrayer la désertification rurale.

En matière économique et sociale, le programme propose de revenir sur les 35 heures et l’abaissement de l’âge de la retraite, uniformiser les régimes de retraite pour supprimer les écarts entre public et privé, diminuer par la négociation les écarts salariaux au sein d’une même entreprise et généraliser la participation au résultat, équilibrer les comptes de la Sécurité Sociale. Le retour à un protectionnisme modéré et une renégociation de la Politique Agricole Commune pour une politique nationale devraient permettre de réindustrialiser la France et protéger notre agriculture. En matière sociétale et familiale, on retrouve le salaire maternel, l’interdiction de l’euthanasie et, pour l’avortement, le retour à l’esprit initial supposé de la loi Veil (la brave Simone n’aurait pas souhaité le génocide des bébés qui a eu lieu après, mais simplement de permettre un acte exceptionnel dans des cas rarissimes : on a du mal à l’entendre quand on voit les furies militantes de l’époque…)

En matière morale, les propositions visent la lutte contre la pornographie pour protéger la dignité de la femme et de l’enfant, l’abrogation de la loi Taubira et la redéfinition de règles strictes pour l’adoption. En matière culturelle, les propositions visent une complète libéralisation de l’enseignement (l’exact contre-pied du projet de loi actuel de Vallaud-Belkacem…), une revalorisation de l’enseignement supérieur par une véritable sélection et une valorisation du patrimoine national historique au lieu de subventions à des créations artistiques polémiques. La réforme du monde médiatique pour y faire figurer un pluralisme complet semble frôler l’utopie et enfin, on finit par la proposition la plus audacieuse : celle de rétablir la liberté d’expression par la suppression des lois mémorielles.

 

François Billot de Lochner n’a donc rien d’un révolutionnaire mais s’inscrit au contraire clairement dans une optique réformiste. Issu du monde de la finance, il aurait été responsable à l’UMP, avant de se retirer pour fonder son collectif France Audace. Ses propositions relèvent du bon sens et se veulent justifiées par la seule poursuite du bien commun, indépendamment de toute idéologie partisane. Recherchant une légitimité démocratique, il les teste par différents sondages qui donneraient systématiquement entre 60 et 80% d’approbations… Il en déduit que, sous peine de creuser encore davantage le fossé qui existerait entre un électorat toujours trompé et une classe politique autiste, cette dernière doit appliquer ces mesures. C’est toujours la sempiternelle fiction maurassienne du pays réel contre le pays légal. Mais si l’on ne se résout pas à être les éternels cocus de l’histoire, il faut bien commencer à comprendre que le « pays réel » n’a pas d’existence propre et qu’il finit, dans la durée, par être tel que le façonnent les lois, c'est-à-dire le « pays légal » ! Le seul accident qui pourrait infirmer ce principe assez intangible, c’est une résistance ponctuelle très forte, qui ne peut renverser les choses qu’avec des conditions externes « favorables » ou déstabilisatrices (guerre, grave crise, etc.). Au moins depuis Gustave Le Bon, on sait que le comportement d’une foule n’est pas la somme arithmétique des comportements individuels, éventuellement rationnels : une élection ne se gagne pas sur l’analyse d’un programme et tient beaucoup plus à des réflexes conditionnés, pavloviens et grégaires.

Concrètement, le Front National sera peut-être le seul à adhérer à l’intégralité de ce programme. Or, selon toute vraisemblance, les élections présidentielles de 2017 ne se joueront qu’au premier tour. En effet, Marine Le Pen a de très fortes chances d’être au second, parce qu’elle fédère beaucoup de mécontents, et en raison de la visibilité et de la respectabilité que lui accordent les média, ce qu’ils n’ont jamais fait pour son parti avant elle (cette question s’était déjà posée en 2010, avant la sortie de piste de DSK : voir dans le forum Le FN, outil providentiel du système ?). Certains candidats, comme Jupé, semblent l’avoir déjà bien compris et ratissent le plus large possible : quel intérêt aurait-il à pitonner sur un programme précis quand son but est de présenter une étiquette suffisamment fédératrice pour passer au second tour ? Car si les choses se déroulent comme ça, et quel que soit le second duelliste retenu, qui est assez naïf pour croire que les discussions techniques sur les programmes auront plus de poids que les incantations et anathèmes déversés jusqu’à satiété par toutes les « bonnes consciences », ce dont nous avons eu un avant-goût probant en 2002 ? Et même si Marine Le Pen était élue Présidente de la République (ce que j’ai quand même beaucoup de mal à imaginer !)… En préambule de la présentation de ses propositions, F. Billot de Lochner avertit que le président élu « ne devra en aucun cas chercher à être réélu à tout prix au terme de son quinquennat », faisant passer sa carrière après le bien commun. C’est beau ! Sauf que les philanthropes désintéressés ne sont pas légion dans la classe politique et surtout, est-ce à dire que 5 ans suffiront à déconstruire le marasme actuel plus que cinquantenaire ? A empêcher définitivement de nuire cette classe médiatico-politique, dont l’auteur voit bien la puissance malveillante, et qui reste soutenue par des mentors largement mondialisés ? Car sinon, qu’est-ce qui empêchera le président suivant, après 5 ans, de revenir sur les lois promulguées le quinquennat précédent ?

 

Pour conclure, le constat sonne juste et les réponses apportées pourraient être un bon début mais ne peuvent être mises en œuvre durablement par voie électorale.

 

Georges

 

(*) : à ce sujet, on pourra lire le dossier du numéro 78 de la Nouvelle Revue d’Histoire, consacré à la Suisse, pays le plus authentiquement démocratique dans son fonctionnement, bien que stigmatisé par toute la classe médiatico-politique quand il interroge son peuple…

 

 

 

Complément documentaire

-       Le site du collectif de l’auteur : http://www.france-audace.fr/

-       2 vidéos (parmi d’autres) d’interventions de F. Billot de Lochner : une interview sur TV Libertés (20’) et une conférence qu’il a donnée dans le cadre de son association Liberté politique (1h18’)

-       2 autres recensions du livre : sur le site Polémia et sur le site Enquête&débat

-       Dans le même genre programmatique, mais dans un tout autre esprit, 300 décisions pour changer la France, de la commission présidée par J. Attali et réunie au lendemain de l’élection de Sarkozy, XO éditions, 2008

-       Aux sources de l’erreur libérale, l’Age d’Homme, 1999

-       Sur l’aspect pervers du système de partis, S. Weil, Note sur la suppression générale des partis politiques, Berg international, 2013 (réédition) : si elle part de l’idéologie rousseauiste qui idéalise la démocratie, il ne lui en reste pas moins quelque lucidité pour vouloir l’interdiction annoncée.

-       Pierre-Yves Rougeyron, Enquête sur la loi du 3 janvier 1973, le Jardin des Livres, 2013

-       Sur la ré industrialisation de la France : Christian Harbulot, Sabordage : Comment la France détruit sa puissance, François Bourin, 2014

 



10/06/2015
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