Salon de lecture

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Le schmock (F.-O. Giesbert)

Le schmock

 

Titre:

Le Schmock

Auteur:

Franz-Olivier Giesbert

Editeur:

Gallimard

Date de parution:

2019

 

Un roman qui n’apporte rien

 

L'auteur se demande dans son avant-propos comment expliquer l'avènement d'Hitler, abomination des abominations, et répond ainsi: “il n'y a que les fous pour tenter de répondre à ce genre de questions, les fous ou les romans" (page 12). Après la lecture laborieuse de ce livre, je pense rigoureusement le contraire: sur un sujet aussi sensible, le roman ne peut décidément pas éviter la caricature manichéenne. Déjà que les historiens capables de prendre suffisamment de recul pour traiter sereinement de ces périodes ne sont pas nombreux, alors pensez donc!, pour un romancier doublé d'un journaliste, c'est perdu d'avance...

 

L'idée de remonter aux penseurs antisémites de la fin du 19e siècle partait pourtant d'une bonne intention. Mais présenter Édouard Drumont où Houston Chamberlain comme des guignols (pages 69-70 et 78-81) n'apporte pas grand-chose à la compréhension... Ou en tout cas, certainement moins que d'expliquer ce que cette pensée doit au matérialisme moderne, et en particulier au darwinisme, ce qu'a très bien montré Marc Crapez dans son étude La gauche réactionnaire - Mythes de la plèbe et de la race (qui, certes, n'est pas un roman...).

 

De même, parmi de nombreux détails historiquement justes -même si toujours orientés à charge-, présenter Hitler comme un pétomane (page 141) ne nous sort pas de la caricature bien-pensante, grossière et scatologique... À peine plus raffinée, cette façon de le traiter de con (page 324) en paraphrasant de manière moins lapidaire le célèbre aphorisme d'Audiard: "les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît".

 

Finalement, malgré une charge pathétique très présente pour les victimes juives, on a là un énième roman qui n'apporte rien de neuf.

 

Georges

 

Complément documentaire

  • Dans le même genre et tout aussi inintéressant, bien qu’il ait eu son Goncourt : Jonathan Littel, Les Bienveillantes, Gallimard 2006 ; une étude intéressante de la gesticulation suscitée autour de ce succès littéraire : Paul-Éric Blanrue, Les Malveillantes – enquête sur le cas Jonathan Littell, Scali 2006.
  • Marc Crapez, La gauche réactionnaire : Mythes de la plèbe et de la race dans le sillage des Lumières, Berg International 1998, sur la genèse des idéologies racistes.
  • Plus sérieux sur Hitler et le nazisme : Jacques Ploncard d’Assac, Doctrines du nationalisme, Ed. de Chiré 1978 (en particulier pp 197-265).
  • Enfin, le récit halluciné d’un voyage dans l’Allemagne nationale-socialiste avant-guerre (à l’opposé le plus rigoureux de ce que vous pourrez lire ailleurs…) : Alphonse de Châteaubriant, La Gerbe des forces, Grasset 1937.


24/03/2020
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