Salon de lecture

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Gilson Etienne, Le réalisme méthodique, éd Téqui, 2007, 123 pages, 18 euros

A classer : Culture générale. Réédition de l'original paru en ...1935! Ce simple fait devrait attirer l'attention : compte tenu de la notoriété de l'auteur, une si longue absence s'explique par une critique féroce des moeurs des intellectuels.
On gagnera à commencer la lecture de ce petit livre par la fin, à savoir le chapitre V intitulé "Vade mecum du débutant réaliste". Chapitre caustique, facile à lire sous une réserve, s'entendre sur le vocabulaire technique utilisé ici par E. Gilson.
Est réaliste celui qui est persuadé que le réel existe indépendamment de lui et qu'il s'impose à nous. Est "idéaliste", au sens de "idée" (et non pas d'idéal), celui qui pense que ses idées sont plus réelles que le réel. On rencontre des "idéalistes" principalement de nos jours dans la classe politique. Ces utopistes causent de nombreux dégâts.
Extrait du chapitre V :
• Le premier pas sur la voie du réalisme est de s'apercevoir qu'on a toujours été réaliste; le deuxième est de s'apercevoir que, quoi que l'on fasse pour penser autrement, on n'y arrivera jamais; le troisième est de constater que ceux qui prétendent penser autrement, pensent en réalistes dès qu'ils oublient de jouer un rôle. Si l'on se demande alors pourquoi, la conversion est presque achevée.
• La solution idéaliste des problèmes est toujours impliquée dans les questions de l'idéaliste. Le réaliste doit donc s'accoutumer d'abord à refuser la discussion sur un terrain qui n'est pas le sien, et à ne pas se juger lui-même en difficulté parce qu'il ne sait pas répondre à des questions en effet insolubles, mais qui, pour lui, ne se posent pas.
• La plus grande des différences entre le réaliste et l'idéaliste, est que l'idéaliste pense, au lieu que le réaliste connait.
• Lorsque l'idéaliste demande au réaliste comment rejoindre l'objet en partant de la pensée, ce dernier doit donc s'empresser de répondre qu'on ne le peut pas, et que c'est même la raison principale pour ne pas être idéaliste.
• Vous définissez la connaissance vraie, dit l'idéaliste, comme une copie adéquate de la réalité; mais comment pouvez-vous savoir que la copie reproduit la chose telle qu'elle est en soi puisque la chose ne vous est donnée que dans la pensée ? L'objection n'a de sens que pour l'idéalisme qui pose la pensée avant l'être, et, ne réussissant plus à l'y comparer, se demande comment un autre pourrait le faire.
• Le réaliste au contraire n'a pas à se demander si les choses sont ou non conformes à la connaissance qu'il en a, puisque la connaissance consiste pour lui à s'assimiler aux choses.
• Connaitre n'est pas appréhender une chose telle qu'elle est dans la pensée, mais, dans la pensée, appréhender la chose telle qu'elle est.
• De ce que l'analyse de la connaissance nous conduit à un je pense, il ne résulte pas que le je pense soit le premier principe de la connaissance.
• Toute la force de l'idéalisme vient de la cohérence avec laquelle il développe les conséquences de son erreur initiale. On a donc tort de le réfuter en lui reprochant son manque de logique; c'est au contraire une doctrine qui ne peut vivre que de logique, puisque l'ordre et la connexion des idées y remplace l'ordre et la connexion des choses.
• Lorsque Descartes triomphe de constater que l'insensé lui-même ne peut nier ce premier principe Je pense donc je suis, il nous aide grandement à voir ce que devient la raison, lorsqu'elle en est réduite à ce premier principe.
• Celui qui croit saisir infailliblement, et d'un seul coup, tout le réel, c'est l'idéaliste Descartes.
• Nous ne devons par prendre au sérieux le reproche que nous adressent certains idéalistes d'être condamnés par notre théorie de la connaissance à l'infaillibilité. Nous sommes simplement des philosophes pour qui la vérité est normale et l'erreur anormale, ce qui ne signifie pas que la vérité ne soit pour nous aussi difficile à atteindre et à conserver qu'une parfaite santé.
• Le réaliste ne se trompe que lorsqu'il est infidèle à ses principes, au lieu que l'idéaliste n'a raison que dans la mesure où il est infidèle aux siens.
• Nous n'avons le choix qu'entre déférer aux faits et être libres de notre pensée, ou libres des faits et asservis à notre pensée.
• Ce n'est pas dans saint Thomas ou dans Aristote, mais dans les choses que le vrai réaliste voit tout ce qu'il y voit. Il n'hésitera donc pas à se réclamer de ces maîtres, car ce ne sont pour lui que des guides vers la réalité même.

1 appréciations
Hors-ligne
Sujet ambitieux... Mais, a vrai dire, parfaitement essentiel!
parrabellumtango

Soit laconiquement, en suivant l'adage: "J'aime Platon mais je luis préfère la vérité."

1 appréciations
Hors-ligne
Réunis en un ouvrage en 1935, les 5 parties du livre sont 5 textes écrits indépendamment les uns des autres. Ils peuvent donc se lire dans l'ordre qu'on veut et, si je soutiens le conseil de Bernard de Midelt consistant à commencer la lecture par le savoureux chapitre V, c'est pour proposer de poursuivre par la lumineuse synthèse d'histoire de la pensée philosophique du chapitre III, "la spécificité de l'ordre philosophique". Cela aussi pour différer la lecture éventuellement un peu ardue des 2 premiers chapitres qui critiquent l'erreur d'une position "néo-réaliste" qui emprunte, pour se justifier, une problématique et une méthode aux idéalistes, s'appuyant sur la primauté du sujet et de la pensée dans la connaissance, et non du réel: certainement essentiel mais, pour reprendre un mot de Bernard de Midelt, pas sûr que ça passionne les foules...

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