Salon de lecture

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La France dans la guerre de l'information

Titre:

La France dans la guerre de l'information

-Information, désinformation et géostratégie-

 

 

Auteur:

Jacques MYARD

 

 

Editeur:

L'Harmattan

Date de parution:

Decembre 2006

 

"Bonne" nouvelle! Les études sur la désinformation n'ont pas perdu toute pertinence après la chute du mur de Berlin… Au contraire, J. Myard, député UMP et membre d'une mission d'information sur le Rwanda de l'Assemblée Nationale en 1998, a été sensibilisé, à cette dernière occasion, aux campagnes diffamatoires orchestrées dans le monde contre la France. Il en a tiré cette étude qui s'articule en trois parties:

Premièrement, la description du nouveau contexte de la désinformation au XXI ème siècle. A l'heure de l'explosion technologique des moyens de communication, de l'accroissement sans précédent de la vitesse de circulation et du débit des informations qui en découlent, ainsi que de la globalisation financière, la désinformation est aujourd'hui bien moins motivée par des buts idéologiques que par des ambitions économiques (et particulièrement si l'on admet que l'idéologie américaine, tant matérialiste que messianique, est indissociable de son développement économique). Cependant, les mécanismes restent globalement les mêmes et le rôle "d'idiots utiles", caisses de résonance des messages lancés, n'est plus tenu par les intellectuels en vogue ou autres "compagnons de route", mais principalement par les ONG, qui agissent le plus souvent avec la meilleure foi du monde.

Dans une deuxième partie, l'auteur décortique la désinformation à l'oeuvre dans deux cas récents: le Rwanda, bien sûr, et, plus intéressant même si la question a déjà été largement débattue et éclairée, la tentative de contrôle de l'information par les Etats-Unis lors du déclenchement de la dernière guerre d'Irak.

Sans polémiquer sur les choix de politique extérieure de l'époque, une fois mise en lumière une véritable opération de désinformation contre la France au Rwanda, se pose la classique question: a qui profite le crime? La réponse est évidente et la volonté d'éviction de la France, non seulement de cette riche région des Grands Lacs, mais de toute l'Afrique, n'a pu être que confortée ultérieurement par le soutien américain a Laurent-Désiré Kabila dans l'ex-Zaïre ou encore par les campagnes de désinformation contre la France en Cote d'Ivoire. Force est de constater que, contre cette volonté, la France ne semble avoir fait preuve depuis quelques années d'aucune réaction politique réelle.

Le deuxième exemple montre un plan politique de grande envergure de désinformation: de la préparation de l'opinion par les "think tanks" des neo-cons a la calomnie contre la France (rebelle a l'époque), en passant par le contournement des vrais renseignements que fournissait la CIA, le contrôle des medias par la fourniture d'un flot constant d'informations (les journalistes embarqués dans les unités militaires sont une première de génie!) et le discrédit frappant les "récalcitrants", ou encore l'assurance d'un monopole américain de l'information par les attaques de hackers contre la chaîne qatarie Al Jezirah, tout y est. On se croirait revenu aux grandes heures du KGB et de son département spécialisé en désinformation! Cependant l'auteur pense que ce plan a bénéficié de circonstances exceptionnelles, faisant suite au traumatisme du 11 septembre.

Enfin, sont énumérées dans une troisième partie, 16 "propositions pour une stratégie française de lutte contre la désinformation", articulées en trois volets: savoir, faire savoir et contre-attaquer. On n'y trouve rien de moins que le projet d'établir en France une culture du renseignement (dans la collecte et dans les interventions extérieures, notamment diplomatiques) telle que celle qui a toujours existé dans le monde anglo-saxon. Pour contrecarrer cette méfiance française atavique à l'égard du monde du renseignement, réputé sale et mâtiné de barbouzeries, il y a du boulot! Vient ensuite la mise en place d'une capacité française autonome d'information en matière internationale, passant par le développement de l'AFP et la sensibilisation des journalistes à la désinformation et aux actions nationales (notamment par l'embarquement dans des unités militaires). L'auteur voudrait voir se mettre en place des capacités de réaction contre des campagnes ponctuelles de désinformation ainsi que des cellules de veille Internet pour contrer des campagnes plus insidieuses. Enfin, vient l'inévitable couplet sur l'intelligence économique, qui n'insiste pas trop sur l'indigence française et le retard insurmontable dans ce domaine sur le monde anglo-saxon. Décidément, notre homme n'a pas peur d'affronter les forteresses de l'inefficace immobilisme français!

 

Georges C.

 

Compléments bibliographiques:

-Tous les livres sur la désinformation de Vladimir Volkoff, ainsi que « la subversion », de Roger Mucchielli (réédition par le Club du Livre Civique, 1976)

-Sur désinformation et intelligence économique : Rémi Kauffer, « L'arme de la désinformation », Grasset, 2000

-Sur la désinformation et la guerre, un livre qui présente surtout des faits concernant le Kosovo, l'Afghanistan et le déclenchement de la dernière guerre d'Irak : Serge Halimi et Dominique Vidal, « L'opinion, ça se travaille… », Agone, 2006.

 



04/09/2007
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