Salon de lecture

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Petit frère

 

Titre:

Petit frère

Auteur:

Eric Zemmour

Editeur:

Denoël

Date de parution:

Janvier 2008

 

Il semble que la décomposition actuelle de notre société devient un sujet de roman à la mode, dans le sillage, entre autre, du récent Supplément au roman national de Jean-Eric Boulin. Eric Zemmour prend le prétexte d'un fait divers, l'assassinat d'un jeune juif par son copain d'enfance arabe alors que tous deux ont grandi dans un même immeuble HLM de Paris, pour dresser un tableau de la déliquescence de tout lien social. Le héro narrateur est un cynique journaliste juif, nanti et de gauche, qui a été, depuis les années 80, à l'avant-garde de tous les combats progressistes et anti-racistes (je ne connais pas assez le passé de l'auteur pour juger à quel point c'est autobiographique). Lorsqu'il rencontre d'anciens camarades trotskistes, aujourd'hui installés comme lui dans l'intelligentsia, ils dressent ensemble fièrement un inventaire de leurs subversions abouties de cette société, et concluent avec un éternel et satisfait : « bien creusé, la taupe ! » Et effectivement, l'inculturation des enfants par la destruction des programmes scolaires, comme le rejet de toute morale (religieuse ou non) par la promotion du féminisme et de la liberté sexuelle sont à mettre à leur crédit. Leur plus grande réalisation reste la culpabilisation des Français dans toute recherche de repères identitaires propres, au nom de la société multiculturelle, notamment par le lancement du mouvement « SOS Racisme », subventionné tant par le gouvernement socialiste que par la Mairie de Paris, alors de droite, et qui gagnera toute la société, à commencer par les enseignants.

 

Seulement voilà ! L'effondrement de la sape ne les épargne pas… L'image de familles unies a totalement disparu de leurs paysages et le héro doit lui-même faire face à un divorce demandé par sa femme, Anne de La Sablière de Maison Neuve de Montmorency (tout un programme !). Et surtout, les Juifs qui ont lancé cet antiracisme seront progressivement dépassés par les Musulmans plus nombreux. Le narrateur avoue que les apprentis sorciers n'ont pas maîtrisé l'issue : pour détruire ce qu'il restait de la France, ils ont favorisé cette immigration massive en usant et abusant du repoussoir que constituait un ennemi providentiel comme Le Pen. Mais la nature ayant horreur du vide, c'est finalement l'Islam qui a restructuré ces masses potentiellement révolutionnaires, ces « nouveaux damnés de la terre »… Même son ami gaulliste, qu'il brocardait comme fasciste, s'est pragmatiquement adapté à l'air du temps et soutient désormais des associations musulmanes par démagogie ! Jusqu'à prendre pour maîtresse officielle une jeune Rachida aux dents longues, et dont il veut faire un ministre (tiens, tiens !)…

 

Cette décomposition sociale est encore plus cruellement ressentie dans les milieux plus modestes. Le choix de décrire la vie dans une HLM du 19eme Arrondissement montre bien que les problèmes sont moins dus à la catastrophe urbanistique des banlieues qu'à la simple cohabitation de cultures différentes, ici entre Juifs Sépharades et Maghrébins musulmans. Si au départ, les tensions entre ces deux communautés tiennent plus des conséquences du décret Crémieux que des invasions de Gaza par Tsahal, l'échec de l'immigration et de l'intégration, ressenti par la deuxième génération, comme la perte de tous repères moraux traditionnels, poussent ces communautés à retrouver leurs racines propres et une identification actuelle. En creusant toujours plus le fossé entre elles…

 

En conclusion, ce livre a tout l'air d'un mea culpa des juifs qui ont mené ces combats à gauche dans les dernières décennies. S'il n'est pas strictement autobiographique, il est au moins symptomatique du revirement récent de bon nombre de juifs français comme le frère de Julien Dray qui, selon le roman (je n'ai pas vérifié l'info, mais ça parait plausible), aurait quitté la direction de SOS Racisme pour émigrer en Israël, où il serait devenu « un membre fervent de la droite israélienne » ; ou comme ceux qui, à l'image du héro, se sont ralliés au camp bushiste dans l'intervention en Irak, « au nom de la démocratie ». Certes l'auteur semble déplorer la double allégeance des juifs français, en citant notamment la réplique que De Gaulle aurait adressée en 1967 au grand rabbin de France qui sollicitait une entrevue (à l'époque, ce n'était pas encore le Président qui avait « l'honneur d'être invité » aux banquets du CRIF…) : « Si vous voulez me parler des juifs français, vous êtes le bienvenu ; si vous voulez me parler d'Israël, j'ai un ministre des Affaires étrangères pour ça ! » De même, il semble attaché à une certaine idée d'assimilation, au nom d'une stricte morale républicaine… Mais, peut-on faire confiance pour la définition des principes de notre éventuelle future renaissance, à des personnages qui se sont déjà rendus coupables de si funestes erreurs ?

 

 

Bibliographie :

 

- Un roman similaire, la dimension juive en moins : Jean-Eric Boulin, Supplément au roman national, Stock, août 2006.

- Sur le même sujet mais dans un style plus pamphlétaire, Alain Soral : Jusqu'où va-t-on descendre (abécédaire de la bêtise ambiante), Editions Blanche, mars 2002 ; Socrate à Saint-Tropez (texticules), Blanche, mars 2003 ; Misères du désir, Blanche, avril 2004, dans lequel il décrit une ghettoïsation sexuelle des banlieues, dont les jeunes males n'ont pas accès à l'étalage de luxure qui a cours partout ailleurs.

- Analyse plus sérieuse, dans le style au moins : Guillaume Faye, La colonisation de l'Europe (Discours vrai sur l'immigration et l'Islam), L'Æncre, 2000 (téléchargeable ici).

 



02/05/2008
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