Salon de lecture

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L’avant-guerre civile

 

Titre:

L’avant-guerre civile

Auteur:

Eric Werner

Editeur:

L’Age d’Homme

Date de parution:

Janvier 1999

 

Trouvé sur Scriptoblog

 

 

Derrière notre roman « Eurocalypse », il y a plusieurs textes, plusieurs références. La plus importante est évidemment le livre de l’Apocalypse. On peut citer aussi les auteurs dont quelques citations ont été mises en exergue : Dantec (pas pour ses positions atlantistes à la gomme, mais pour son intuition centrale concernant l’heure qui approche) ; Raspail (pour avoir dit, avant tout le monde, que le Pouvoir s’apprêtait à « suicider » l’Europe) ; et Guillaume Faye (avant qu’il ne devienne fou, au temps où il dénonçait la très réelle « convergence des catastrophes »).

Mais une de ces références n’est pas directement visible. C’est un bouquin paru en 1998, aux éditions l’Âge d’Homme, écrit par un certain Eric Werner – diplômé de l’IEP Paris et néanmoins doté d’un esprit libre et critique, comme quoi tout arrive. Ce petit livre (100 pages) s’intitule « L’avant-guerre civile », et il est très intéressant. Pour rembourser (en partie) notre dette à Eric Werner, dont le travail nous a bien aidés quand il fallut « modéliser » le « monde d’Eurocalypse », en voici une note de lecture

 

*

 

Eric Werner commence par rappeler que le meilleur antidote à la guerre civile, c’est la guerre extérieure. Pour que la Cité s’unisse, il faut que les citoyens se sachent mêmes, et ce qui les rend mêmes, c’est d’avoir le même Autre. Les sociétaires ne font corps que contre l’Etranger.

Or, depuis les guerres de religion, dans nos sociétés, le Prince n’est plus construit par l’Eglise. Il doit donc l’être par l’aliénation de ses sujets. La personne artificielle du Souverain (roi, parlement, peu importe) est générée obligatoirement par l’accord des sociétaires. Ou bien cet accord se fait, et le Prince existe, ou bien il ne se fait pas, et c’est l’anarchie. D’où ce constat : en permanence, nos sociétés doivent faire s’unir les citoyens. Dès qu’ils cesseront de se sentir mêmes, ce sera l’anarchie et le chaos. Tout l’un, ou tout l’autre : ou l’unité parfaite du corps social, ou l’anarchie. De là, le caractère belligène de la civilisation européenne depuis l’émergence des Etats-nations émancipés de l’Eglise : ils doivent absolument faire l’unité des citoyens, et comme c’est l’ennemi extérieur qui forge cette unité (le même Autre de ceux qui se savent mêmes), ils ont besoin de la guerre pour se refaire constamment.

MAIS, et voici le cœur du débat : à présent que les forces supranationales dominent les infrastructures, à l’heure du mondialisme américanomorphe, les Etats-nations n’ont plus les moyens de construire leur « Autre ». Ils ne peuvent plus déclarer la guerre, ou se préparer à la déclarer. Comment dès lors, continuer à souder une communauté, dès lors qu’on ne peut plus organiser l’unité des mêmes par la désignation d’un Autre commun ? Voilà le problème du politique à la fin du XX° siècle – problème d’autant plus criant que l’intégration des immigrés, fiction sans cesse relancée par le pouvoir, n’est, précisément, qu’une fiction.

Cette Cité en mal d’identité peut-elle être construite autrement que par la haine de l’Etranger ? Werner répond : en théorie oui, par la recherche du Juste Milieu. La Cité est alors faite par ceux qui n’ont plus besoin d’être mêmes face à l’Autre, parce qu’ils se sont rendus mêmes par la reconnaissance mutuelle d’une relation d’équité entre eux. Seulement, problème : cette possibilité théorique suppose une Cité de saints. Et donc, en pratique, en attendant que l’humanité soit faite de philosophes, la question reste entière : comment souder la communauté, quand il n’y a plus d’ennemi ?

La réponse, nous dit Werner, c’est le fractionnement de la figure de l’Autre. Ce fractionnement rend en effet possible le maintien d’un équilibre instable, le questionnement sur l’Autre permettant de laisser irrésolue la question du Même.

Il existe différentes différenciations qui permettent de délimiter le Même et l’Autre. On peut classer les êtres par religion, race, famille, langue, etc. A la limite, en incluant les catégories moins déterminantes (club de foot, émission de télé préférée), il y a une infinité de façon de déterminer qui est le Même, qui est l’Autre. Or, si ces différentes différenciations entrent en conflit, si elles soulèvent des interrogations indéfinies sur la définition de l’Autre, alors il devient certes impossible de dire qui est le Même, mais il devient également impossible dire qui ne l’est pas. La multiplication des lignes de fracture au sein du corps social rend impossible la cristallisation d’une ligne de fracture unique, qui déclencherait l’explosion de la Cité. La Tour de Babel tient debout, parce qu’elle en déséquilibre instable, donc en équilibre instable. Elle est constamment au bord de la chute d’un côté, mais comme elle est aussi au bord de la chute de tous les autres côtés, elle n’arrive pas à décider de quel côté elle va tomber.

Pour Eric Werner, c’est cette stratégie de la Tour de Babel en équilibre instable qui explique les choix politiques des classes dirigeantes européennes depuis un demi-siècle. L’immigration d’origine extra-européenne, en particulier, a été favorisée parce qu’elle créait une multiplicité de fractures permettant de paralyser toute velléité de révolte dans la population (le Français de souche perçoit l’immigré comme l’ennemi dans une logique ethnoraciale, donc il ne perçoit pas son maître comme son véritable ennemi, dans une logique de classe). Le développement du communautarisme est une stratégie complémentaire, visant à préparer l’étape suivante : lorsqu’il n’y aura plus de majorité (les Blancs ayant cessé d’être majoritaires sur leur sol historique), le Pouvoir devra constamment jouer les minorités les unes contre les autres. Cerise sur le gâteau : le Pouvoir laisse délibérément se développer une forte insécurité, partiellement liée au phénomène immigrationniste, parce que, rappelle Werner citant Montesquieu, la peur est le principe actif du despotisme – et le Pouvoir peut faire peur directement ou indirectement, en poussant le corps social à s’entretenir lui-même dans la peur.

Cette stratégie du pouvoir, le désordre devenant la condition de l’ordre, est payante, mais risquée. Elle suppose que le Pouvoir allume constamment plein de petits incendies, partout à travers l’édifice social. Et le risque, évidemment, c’est qu’un jour, à force de jouer avec les allumettes, nos dirigeants n’allument un très grand incendie…

Pour contrer ce risque, la classe dirigeante favorise l’éclatement de tous les réseaux, donc l’individuation totale à tous les niveaux de la construction sociale – via, en particulier, le matraquage d’un modèle consumériste hédoniste, qui fait régresser le niveau de conscience au stade infantile. Il faut qu’il y ait autant de « camps » dans la Cité qu’il y a d’individus, ce qui rendra impossible l’émergence de la guerre civile (les heurts interindividuels peuvent provoquer de la délinquance, mais pas de contestation politique). Précaution supplémentaire, le désarmement systématique des gens ordinaires permet d’éviter que cette « guerre de tous contre tous » ne devienne ouverte : elle reste larvée. La Cité est divisée par une infinité de guerres civiles non déclarées, guerres dont la fonction secrète est de se rendre mutuellement impossibles : nous assistons, nous dit Eric Werner, à la naissance d’un nouveau « système du Prince ».

Voilà la thèse de « l’avant-guerre civile », un livre que tout honnête homme doit aujourd’hui posséder. C’est un texte de référence pour les Européens libres, et qui veulent le rester. La plupart des lecteurs de Scriptoblog n’apprendront pas grand-chose en le lisant, certes. Mais nulle part, ils ne trouveront une synthèse aussi claire, et riche aussi de nombreuses pistes de réflexion secondaires, non évoquées dans ce résumé, sur LA question centrale de notre époque : comment résister au nouveau « système du Prince ».

 

Collectif Solon



23/03/2009
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