Salon de lecture

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Le Choc du Mois nº 18 (Décembre 2007)

Depuis sa reparution, c’est avec plaisir que je retrouve chaque mois cette revue qui avait déjà existé de la fin des années 80 au mileu des années 90. Elle s’articule toujours sur un thème d’actualité intéressant (s’il ne l’est pas a priori, on est souvent agréablement surpris par la hauteur de vue des analyses) et en présente une bonne synthèse avec une bibliographie abondante et pertinente.

Ce mois-ci, le dossier “Soyons écolos, c’est réac!” traite d’un sujet malheureusement trop souvent absent des publications disons un tant soit peu anticonformistes… Certes la réaction anti-écolo primaire de certains dandys contre l’unanimisme et le matraquage médiatique peut se comprendre. Mais enfin, prenons tout de même garde de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain! Si l’on peut regretter le rapt de la cause écologique par la gauche, qui a réussi à “politiser l’écologie au lieu d’écologiser la politique”, selon le mot juste de Gabriel Giauque, le souci de la terre, de l’environnement de sociétés à dimension humaine, organiques et enracinées, c’est bien une pensée traditionnelle! On n’a quand même pas attendu que Cohn Bendit descende de ses barricades pour découvrir une pensée écologique!

Cette mise au point faite, le Choc expose les thèmes préoccupants du moment: de la menace sur la biodiversité au réchauffement climatique, que ce dernier soit dû aux cycles naturels (je me souviens avoir appris à l’école l’existence de ces cycles sur lesquels se calquent les boulversements historiques) ou à l’hyperindustrialisation moderne, qui en est au moins une circonstance aggravante. Face aux conséquences catastrophiques qui nous attendent (pollutions diverses, épuisement des réserves naturelles, migrations massives de “réfugiés climatiques”…), on commence à comprendre, à l’aube du XXIème siècle, le caractère mortifère du libéralisme qui exige une croissance infinie en pillant les ressources comptées de notre Terre… Ce monde de la consommation frénétique et du gaspillage plus délirant encore fonce droit dans le mur!

Alors, plutot que d’essayer de concillier cette actuelle “mode” écologique avec l’individualisme et le mépris des identités collectives (qui sont aussi tous deux la base axiomatique du libéralisme), pourquoi ne pas revenir à une conception moins matérialiste d’une société enracinée qui redécouvre la richesse de l’harmonie avec la nature, ne serait-ce que pour les générations qui suivent? Car, comme le dit Didier Lemaire, “par delà gauche et droite, l’écologie profonde est surtout une authentique philosophie antimoderne”.

Outre la plaisante chronique de Julien Jauffret (les révoltes spectaculaires des banlieus américaines sont arrivées chez nous, “la France est enfin moderne. Reste à expliquer à nos cognes que ce n’est plus avec des lance-pierres qu’on les vise”), on trouve dans ce numero, comme d’habitude, de très bonnes analyses critiques de livres dernièrement parus, dans un esprit que j’aimerais beaucoup insuffler à ce blog. Ainsi sont presentés, entre autres, Le lobby pro-israëlien et la politique etrangère americaine, de John Mearsheimer et Stephen Walt, aux editions la Découverte, et la pensée si consensuelle d’un Amartya Sen, auteur de Identité et Violence. L’Illusion du destin, aux éditions Odile Jacob.
Georges

Dans le numéro suivant, le talentueux collaborateur du Choc du Mois Thierry Normand exprime son désaccord dans une brillante tribune libre (« Je n’ai jamais eu aussi froid »). Loin d’amorcer des discussions stériles, et outre son ton polémique, si savoureux soit-il, son intervention permet de recentrer le débat sur l’essentiel… Car, si l’on répugne à hurler avec la masse (laissons les loups tranquilles où ils sont, je suis misanthrope, pas lycophobe !), comme à suivre les comportements pavloviens des gogos surexposés aux émissions médiatiques, on a tout intérêt à étayer nos convictions par des principes plus solides que les images flash du prêt à penser.
Aussi, s’il est vrai qu’on ne nous parle plus du trou dans la couche d’ozone alors que nous n’avons pas grillé, que cette peur a été imperceptiblement remplacée par le réchauffement climatique, qui ne fait pas l’unanimité supposée dans la communauté scientifique, on peut être, comme le dit l’auteur, un « amoureux de la nature, de la vie, de la ‘terre qui, elle, ne ment pas’ », sans pour autant prendre pour argent comptant les slogans pseudo scientifiques à la mode, qu’on n’a généralement pas les capacités de juger (là, je parle pour la majorité, dont je fais partie…). Le plus intéressant du dossier était donc ce qui concernait les critiques de fond du libéralisme et de la société qui en découle, au nom d’une vie plus en symbiose avec la nature. Car je préfère toujours m’attaquer aux racines du mal, plutôt que de suivre les nouveaux pères la morale qui voudraient m’obliger à trier mes poubelles (ce qui réduit surtout les coûts pour l’industrie florissante du traitement des déchets !) tout en continuant à consommer toujours plus, et en portions individuelles de préférence, ou à acheter des objets dont la durée de vie est volontairement réduite (croissance oblige !)…

Moi ce qui m'amuse c'est la guerre picrocoline qui oppose B. Larebiere et A.soral:

Le nationalisme-révolutionnaire ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Ah si ! Des types qui relayent gentiment [les] thèses [de Soral]. » Bruno Larebière

« Mes amis sont amis parce qu’ils pensent comme moi ». Che Guevara

J’ai un peu marché dans les pas du Che. Pas l’argentin, le « nôtre », le vieux lion de Belfort qui posait qu’en cas de désaccord : on « ferme sa gueule, si [on] veut l’ouvrir, [on] démissionne ». Lui l’a fait trois fois mais on retiendra surtout son retrait de 1991 : pour l’Irak et contre la guerre qui lui était faite. Son président c’était Mitterrand, le mien c’est Alain, Alain Soral, mais le casus belli vient toujours du levant…

En mai 2007, « Le Choc du Mois », fraîchement ressuscité, nous assomme par une tribune bancale, « Marx contre Soral », au marxisme ce que Maciste est à la mythologie. On sent l’hameçon et la grosse ficelle derrière, elle n’a d’autre but que de provoquer une réplique écrite. Bon calcul, il suffit de l’asticoter pour le voir rappliquer notre Alain. C’est assez fluide mais soudain ça accroche : le rédacteur en chef refuse la réponse. Il la juge diffamatoire, craint pour le patrimoine du journal, déjà mort une fois par rafale de procès. Le droit de réponse est finalement publié, mais sur le propre site de Soral. On y apprend que le rédac’ chef du choc, Bruno Larebière, est en fait monsieur Loutfallah (la « bienveillance divine » en arabe). Il y a la manière et cette manière, à la rédaction de voxnr, elle nous avait dérangée. Ce petit « outing », outre qu’il n’apportait rien au débat, n’allait pas vraiment dans le sens de la réconciliation, à tous les niveaux. Fin du chapitre un, le gavroche marxien nous a amplement montré ensuite qu’il était bon sur le fond, autant que sur la forme.

Le 16 février dernier le sale gosse de la dialectique revient à la télé, chez Franz Olivier Gisebert, pas dans l’émission d’un copain. Pour négocier ce grand oral, Soral lâche l’attaque frontale et tente de marier diversion avec subversion. Il avoue la part de provocation dans le vote front, ce qu’il n’a d’ailleurs jamais chercher à cacher. Il n’est pas là pour rassurer les « historiques » mais pour amener au front un nouveau public. On pourrait polémiquer cent ans, le résultat est là : il a fait marrer le truculent Berléan, mis le plateau dans sa poche tout en renouvelant son appel au vote Le Pen. Messieurs les anglais : tirez les premiers, essayez d’arracher, autour de la machine à café, un sourire à vos collègues avec pareil sujet… C’est l’occasion pour Saddam Loutfallah de lâcher un petit scud anonyme, dans « Minute » cette fois. L’émission était déjà en différée, ce n’est visiblement pas assez, ses propos sont une nouvelle fois tronqués. Pour plaire dans ce milieu, il faut être lynché, crucifié, on aime pas le succès. Les islamophobes connaissent aussi le culte du martyr… Suivent bordées de calomnies, feux croisés et noms d’oiseaux, on vous les épargne, personne n’en sort grandi. Monsieur Larebière, lors de la « synthèse nationale » du 26 octobre 2007, avait pourtant fait preuve de lucidité : “L’âge d’or ethnique n’existe pas. L’identité est un héritage, une construction”. Propos courageux face à un public qu’on imagine buté sur ces questions. Il n’a malheureusement pas renouvelé l’exploit dans sa dernière réponse à Alain Soral, de l’apprenti-BHL, tout y est ou plutôt tout est en trop: nazisme, stalinisme, vichysme, haine des origines… Entre sa famille et ses lecteurs, il a choisi : commerce d’abord… Camus avait sacrifié ses idées à sa « mère ». Larebière immole son père pour s’assurer sa clientèle la plus raciste.

Volonté d’en découdre, ferments de guerre interne, sans doute atavique quand on a un papa maronite. La valse des bourreaux auxiliaires, des aspirants phalangistes, tous ces identitaires qui se pignollent à la fois sur Sparte et la guerre civile. Si les vieux grecs craignaient une chose, c’est justement la stasis (l’équivalent de la fitna chez nos amis musulmans), la guerre civile, la mort dans les murs. Soral et Loutfallah peuvent s’entendre, à condition d’accepter qu’ils relèvent de deux logiques commerciales différentes et, en termes de communication, antagonistes : Le Choc et Minute vivent par et pour le ghetto facho, c’est l’orthodoxie qui les fait manger. Les pamphlets soraliens, eux, doivent rester grand public pour être rentables et toucher un maximum de nos contemporains avec des idées jusque là confinées. Les deux demeurent absolument nécessaires : un porte-voix dans les médias et une presse de qualité. Notre marxien pas chien a d’ailleurs reconnu devant le public nancéen l’absolue nécessité d’une mensuel comme le Choc. Je tiens l’extrait vidéo à la disposition des sceptiques… Grincheux sans doute, atrabilaire peut-être, mais l’homme a des principes…

Alors pour certains l’ami Soral reste « l’homme qui a vu Mireille Dumas ». Les « purs » se moquent du trublion de la télé, le pote à partouze d’Ardisson… Pourtant les identitaires courent rencontrer Ben, Ben Vautier, homme respectable, artiste respecté mais aussi business man avisé. Au point de confier au journal « 20 minutes » qu’il a « un peu honte » du commerce autour de ses œuvres. Lui ne risque pas de renier Le Pen, il a appelé à voter Bayrou… C’est sans doute sa sérigraphie « Boire une bière » qui a motivée cette clique de mauvais supporters. Artiste « ethniste » ou sociologue « natio-républicain », il faut bien manger et faire manger les siens. Saluons l’éclectisme de Ben mais n’oublions pas que Soral a fait plus : lui s’est engagé… Son dernier passage à Direct 8 nous le confirme : la ligne Soral des fiertés réciproques, pas le mélange obligatoire, ça marche…



Réponse d'Alain Soral au journaliste de "Minute"
Publié le 23 février 2008
Amusant et courageux article paru dans Minute.

Courageux parce qu'il est anonyme, amusant parce que derrière le courageux C.P. se cache Bruno Larebière. Bruno Larebière qui reproche à Alain Soral de ne pas avoir crié assez haut et fort son soutien à Jean-Marie Le Pen, lui qui ne vient pas de la mouvance nationale et qui avait effectivement tout à perdre dans ce soutien.

Amusant et courageux Bruno Larebière (Loutfallah de son vrai nom) qui se garde bien de rappeler dans son petit article anonyme que lui - qui bouffe dans et par ce milieu depuis des lustres - a fait campagne CONTRE Jean-Marie Le Pen aux dernières présidentielles au nom de la "vraie droite" ("union des droites" et autre "synthèse nationale" introuvables), trahie, selon lui, par Marine Le Pen et sa stratégie nationale républicaine. Une stratégie qu'il impute abusivement à Alain Soral et qui a permis, au moment même de la grotesque tentative de "Synthèse nationale" dont il était l'un des instigateurs, la percée que l'on sait à Hénin-Beaumont !

Face à de tels représentants - dont l'engagement est tournée en permanence contre leur propre camp tandis que d'autres font de leur mieux pour fédérer - il ne faut pas s'étonner qu'il soit si difficile, pour un honnête homme, de défendre en public une cause et une mouvance souillée en permanence par de tels ordures et de tels crétins...

Comme disait l'autre : "Vive la France quand même !"


REPONSE ,c'est long mais intéressant

Bruno Larebière répond à Alain Soral



Bruno Larebière, rédacteur en chef de Minute et du Choc du mois, a accepté de répondre aux questions d’Union-Bordeaux pour s’expliquer notamment sur la polémique l’opposant à Alain Soral. En effet, Alain Soral, mis en cause dans Minute pour avoir été assez évasif sur son vote à la dernière présidentielle dans l’émission « Chez FOG » diffusée le 16 février sur France 5, a qualifié celui-ci « d’ordure » et de « crétin ».






Quelles sont les origines de la querelle qui vous oppose à Alain Soral ?

Cela date de mai 2007. Après la publication dans Le Choc du mois d’une tribune libre intitulée « Marx contre Soral », Alain Soral avait souhaité y répondre, ce qui était d’ailleurs le but recherché. Or sa réponse contenait des attaques personnelles que je ne pouvais publier, d’une part par courtoisie à l’égard du signataire de la tribune libre, d’autre part en raison du droit de la presse, puisqu’elle réussissait l’exploit d’être diffamatoire, injurieuse et attentatoire à la vie privée. Je lui ai demandé d’amender son texte, il a refusé, je ne l’ai pas publié, il s’en est indigné. A l’époque, je n’étais pas un « crétin » ni une « ordure » mais un « trotskiste » ! C’est la première injure qui lui est venue à l’esprit. Stalinien un jour…


Et après ?

Le deuxième différend porte sur la publication, dans Minute du 20 février 2008, d’un article intitulé « Alain Soral a-t-il fait la “connerie“ de voter pour Le Pen ? » en référence aux propos qu’il a tenus face à Franz-Olivier Giesbert. Soral avait notamment dit, je le cite : « Je me suis dit quelle est la plus grosse connerie que je peux faire ? Appeler à voter Le Pen. Avec Dieudonné, on s’était un peu entendus là-dessus. Et on a fait l’énorme connerie. » Et quand Giesbert insiste pour savoir s’il a lui-même voté pour Le Pen, il tergiverse, botte en touche et finit par concéder qu’il ne l’a pas fait et que « le vrai acte punk » est d’avoir appelé à voter pour Le Pen sans l’avoir fait soi-même ! L’article relatant cet échange avec une certaine ironie l’a manifestement irrité.


D’où ses injures ?

D’où ses injures, précédées d’un coup de fil qu’il a conclu par : « Si je te croise un jour, je t’éclaterai la gueule. » Gracieux, non ? Et quelques heures plus tard, continuant de ruminer l’offense, il m’envoyait un texto ainsi rédigé : « Vous êtes ce qu’on appelle un pauvre type et je pense que vous le savez. Le plus drôle, c’est que les attaques des gens comme vous me rendent service, continuez ! » Si c’est pour une œuvre, continuons.


Pourquoi à votre avis une telle disproportion dans la riposte ?

Parce qu’Alain Soral est ce que j’appellerai un « stalino-égotiste » : tout est dans Soral, rien n’existe en dehors de Soral. Il perçoit tout désaccord comme une attaque contre son auguste personne, par définition intouchable, puisqu’il est un intellectuel, pardon, il est l’Intellectuel, le Phare de la Pensée, etc. De plus, comme il a pris des « risques » en rejoignant le camp national (ou du moins en se ralliant à Le Pen, de sorte qu’il peut maintenant critiquer une bonne partie de la mouvance nationale « de l’intérieur »), il estime que quiconque se situe dans le même camp doit le soutenir, le défendre, promouvoir ses œuvres…

Une anecdote à ce sujet : après la parution de son dernier roman, le collaborateur du Choc du mois à qui j’en avais confié la lecture m’a indiqué qu’il ne souhaitait pas en rendre compte, n’ayant apprécié ni la forme ni le fond. Il l’a clairement dit à Alain Soral, qui lui a répondu en substance qu’il ne lui demandait pas s’il avait aimé ou non le livre, mais exigeait qu’il en parle ! En bien évidemment !

On pourra en déduire, au choix, que ce n’est pas le Front national qu’Alain Soral a rejoint mais la caricature qui en a été faite depuis des décennies, ou que le stalinisme est finalement compatible avec la défense du petit commerce…


Sur son site Internet, Alain Soral vous appelle « Loutfallah ». Pour quels motifs ?

Sur ce plan-là, on peut dire qu’Alain Soral a vite intégré les réflexes d’une certaine extrême droite, celle de la mouvance néo-nazie, qui, dans les années 1980, m’appelait déjà ainsi. L’année dernière déjà, il m’avait défini comme un « Levantin au pseudonyme vieille France », en un réflexe pavlovien (ou vychinskien…) assez peu en adéquation avec les idées qu’il professe et dont on peut se demander si elles ne sont pas finalement qu’une façade. Il est quand même assez peu cohérent de se faire le chantre de l’assimilation et d’appeler la droite nationale à « transcender les clivages ethniques » tout en traquant et en dénonçant de façon obsessionnelle le supposé métèque !

Alors pourquoi Loutfallah ? Parce que je suis né, en 1963 à Paris (c’est pour les fiches de M. Soral), dans une clinique de bonnes sœurs, de père et de mère inconnus, et que j’ai été adopté par Monsieur Loutfallah el-Khoury (soyons complet), Libanais de confession maronite (il sera naturalisé français plus tard) et son épouse (blanche, Française et catholique, qu’Alain Soral se rassure), née Larebière. Pour tout un tas de raisons qui ne regardent que moi, je me suis toujours senti plus « Larebière » que « Loutfallah ». Et puisque je n’étais ni l’un ni l’autre – génétiquement s’entend, si c’est cela qui préoccupe Alain Soral –, j’ai choisi de prendre le nom de Larebière, sous lequel j’avais commencé ma carrière journalistique, et, surtout, qui correspondait mieux, d’une part à mon physique qui n’a rien de « levantin », d’autre part à la culture européenne, française (et périgourdine) qui est la mienne.

Alain Soral le sait très bien ou aurait pu le savoir très facilement puisque nous avons des amis communs (si, si !) qui n’ignorent rien de mes origines. Il a préféré me faire un procès en francité comme (pardon pour le cliché) aux « heures les plus sombres de notre histoire ». Encore une chance qu’il ne soit pas au pouvoir : j’aurais sans doute été convoqué et sommé de produire un certificat d’aryanité sous peine d’être interdit d’exercer ma profession et, qui sait, déchu de la nationalité française…

Toujours est-il que je ne m’étais jamais expliqué publiquement sur mes origines, voilà qui est fait, une fois pour toutes.


Pensez-vous que Soral est vraiment sincère dans son engagement au Front national, ou bien que celui-ci est dû à d’autres motifs ?

Je crois Alain Soral sincère. Il suffit de revoir l’émission avec Giesbert. Quand il lui est demandé s’il a voté pour Le Pen et qu’il n’arrive pas à s’en sortir, il est presque touchant. On voit un petit garçon pris les doigts dans le pot de confitures, qui a besoin qu’on l’aime et qui a peur de se faire disputer. Alors il fait sa pirouette, elle aussi très enfantine.

A côté de cela, il me paraît évident qu’il profite de l’aura soudaine dont il jouit auprès d’un public (et d’un lectorat) captif, auprès duquel il joue du thème de la victimisation (je suis devenu un écrivain maudit parce que je suis courageux, vous devez m’aider), tout en essayant de revenir sur le devant de la scène médiatique pour des raisons alimentaires et un impérieux besoin de reconnaissance sociale.

S’il devait être écarté du comité central du Front national, où il a été coopté par Jean-Marie Le Pen, ça lui rendrait service, m’a-t-il dit : « Je ferais plus de plateaux et je vendrais plus de livres. » Une lettre de démission ferait l’affaire, non ?

Ce qu’on ne peut en tout cas pas mettre en doute, c’est la fascination des dirigeants du Front national à son égard. Dans n’importe quel autre parti politique, un membre du comité central refusant de dire s’il a voté pour le candidat du parti à l’élection présidentielle aurait été débarqué dans l’heure. Je ne m’avancerai pas beaucoup en disant que si n’importe quel autre membre du comité central du Front national avait agi comme lui, il aurait été limogé. Certains ont été écartés pour beaucoup moins que ça. Or lui est toujours en fonction, et cela malgré les fortes oppositions internes qu’il rencontre. Les membres du comité central ou du bureau politique sont nombreux à me faire part de leur inquiétude, de leur exaspération ou de leur lassitude à son sujet. Comme dit l’autre : il faut croire qu’entre Le Pen et Soral, c’est du sérieux !


Dans la réponse d’Alain Soral à l’article de Minute, il impute le score d’Hénin-Beaumont à la « stratégie nationale républicaine », qu’en pensez-vous ?

C’est tout bonnement grotesque et insultant. C’est insultant pour Steeve Briois, qui fait un travail de terrain considérable dans la ville et dans la circonscription depuis des années. Et c’est insultant aussi pour Marine Le Pen, qui accomplit ce même travail et apporte une valeur ajoutée qui est sa notoriété, due aussi bien à son aisance médiatique qu’à l’entreprise qu’elle a engagée et qui est connue sous le nom de « dédiabolisation » du Front national.

Le grotesque de l’affaire est qu’Alain Soral veut faire croire qu’une ligne « nationale républicaine » a été adoptée, alors que la campagne de Marine Le Pen aux législatives et celle de Steeve Briois et de Marine Le Pen pour les municipales sont tout simplement dans la ligne historique, « nationale, populaire et sociale », du Front national !


Est-ce alors une manière d’éviter de dire que ce positionnement est une des causes de l’échec du 22 avril 2007 ?

Bien sûr et il cherche maintenant à se défausser, en faisant porter à d’autres (dont moi) la responsabilité de cet échec, m’accusant par exemple d’avoir « fait campagne contre Jean-Marie Le Pen », ce qui est évidemment faux, alors que, dans Minute, nous avions au contraire mis en garde contre les risques que comportait la stratégie adoptée sous le titre « Le grand pari de Jean-Marie Le Pen » et sous le surtitre « La présidentielle à quitte ou double » (n° 2297 du 28 février 2007).

On ne va pas refaire ici l’historique de la présidentielle, ni revenir sur toutes les erreurs qui ont été commises, qu’il serait au demeurant injuste d’attribuer en totalité à Alain Soral comme il fut également injuste de les imputer à Marine Le Pen, qui fut loin de tout contrôler.

Cela étant dit, il y eut à mon sens quatre erreurs majeures et fondamentales :

• le refus délibéré de chercher à séduire l’électorat droitier, au motif (ahurissant quand on y repense) que Jean-Marie Le Pen pensait qu’il affronterait Nicolas Sarkozy au second tour et qu’il lui fallait donc chercher à coaliser les antisarkozystes ;

• l’abandon de la thématique nationale qui a fait le succès du Front national et de Jean-Marie Le Pen au profit, justement, de cette « stratégie nationale républicaine », qui a désorienté l’électorat traditionnel et n’a pas convaincu un électeur nouveau, stratégie d’autant plus malvenue qu’elle intervenait au moment même où ses trois principaux rivaux, Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou s’emparaient, eux, de la « thématique France » ;

• la croyance que, après le référendum sur la Constitution européenne, une majorité sociale pouvait se transformer en une majorité politique, alors que nous étions dans le premier cas dans une dynamique d’addition des refus qui est totalement inopérante dans la logique positive de l’élection présidentielle ;

• enfin, bien sûr, le brouillage du discours sur l’identité nationale avec les fameux propos tenus sur la dalle d’Argenteuil en un des moments les plus surréalistes qu’il nous ait été donné de voir et d’entendre.

J’ignore quelle est la part d’Alain Soral dans chacune de ces erreurs, dans la mesure où on a tendance à lui attribuer beaucoup plus qu’il n’a fait, et que lui-même bien entendu, flatté, laisse dire le plus souvent, ce qui lui permet de renforcer son image d’éminence grise sans qui plus rien ne se ferait au Front national.


La percée de la lecture marxiste de l’histoire mise en avant par Alain Soral dans le mouvement national peut-elle être source de renouveau ou au contraire fatale à la droite nationale ?

Ce n’est pas tant cela qui me gêne dans la mesure où j’ai toujours regretté que la droite française, comme la gauche d’ailleurs, soit hémiplégique. Si les schémas léninistes ont échoué de façon terrifiante (avec l’aval et la coopération de Trotski, que je ne dissocie pas, ceci pour répondre à l’absurde première attaque d’Alain Soral), une part de l’analyse marxiste conserve sa pertinence et mérite d’être relue et méditée, surtout à l’heure de la financiarisation totale de l’économie. Le risque, bien évidemment, serait d’adopter en toute circonstance une grille de lecture marxiste, ou d’essayer de concilier l’inconciliable, jusqu’à devenir matérialiste et refuser toute transcendance, tendance qui me semble assez marquée chez Alain Soral, ou, autre exemple, d’adopter la notion de « sens de l’histoire ».

Ce qui me gêne le plus, c’est qu’Alain Soral agit, parle, pense comme s’il était, en raison de sa formation marxiste, seul habilité à traiter de la « question sociale ». Alain Soral est lui aussi hémiplégique. La doctrine sociale de l’Eglise ? Connais pas. La longue histoire du catholicisme social ? Jamais entendu parler. Le nationalisme-révolutionnaire ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Ah si ! Des types qui relayent gentiment mes thèses. L’historique du Front national ? Balayé ! Tabula rasa !

A croire qu’il y a deux « Front national », celui d’avant et celui d’après-Soral. Nous serions donc dans le Front national soralien an II. A voir les résultats électoraux, vivement le 18-Brumaire ! En espérant qu’on fasse l’économie de la Terreur…


Vous ne pensez donc pas qu’Alain Soral peut aider le Front national à conquérir le pouvoir ?

Alain Soral vient lui-même de répondre à cette question par la négative. Il a publié le 24 février 2008 un texte « pour clore toute polémique » sur son engagement, par lequel il en appelle à « l’union sacrée de la gauche du travail et de la droite des valeurs », formule fort sympathique mais qui n’apporte strictement rien de neuf au Front national. Or quel but fixe-t-il ? Créer « le grand parti d’opposition ». Un peu plus de culture contestataire dans un parti qui ne parvient déjà pas à se défaire de sa posture protestataire, ça n’en fera pas une force de gouvernement.


Alain Soral, membre du comité central du FN, voit une union possible entre les « beurs » des banlieues et les « petits Blancs ». N’est-ce pas là le signe que le Front national est en profond désarroi idéologique sur la question de l’identité ?

Alain Soral n’est pas le seul à penser ainsi. C’est très exactement ce qu’avait théorisé, en 2005, Jean-Claude Martinez dans son livre A tous les Français qui ont déjà voté une fois Le Pen (éd. Lettres du monde), où il prônait l’alliance « entre le gendarme à la retraite dans le Gers et le beur en économie de cueillette aux Minguettes » ! Comme si le gendarme à la retraite, regardant le journal télévisé, n’avait pas plutôt envie de reprendre du service !

Ce « désarroi » sur l’identité était sous-jacent depuis très longtemps, il est apparu à tous durant la dernière présidentielle, avec la fameuse phrase lancée par Jean-Marie Le Pen sur la dalle d’Argenteuil (« Vous êtes les branches de l'arbre France, vous êtes des Français à part entière »), suivie de peu par la saillie sur les origines hongroises de Nicolas Sarkozy, puis lors des polémiques qui ont éclaté entre Marine Le Pen et des mouvements régionalistes et identitaires en fin d’année dernière.

Là encore, le débat aurait pu s’ouvrir plus tôt puisque, dans son livre A Contre-Flots (Grancher), publié au printemps 2006, Marine Le Pen déplorait que l’on subventionnât les écoles Diwan, où l’enseignement est dispensé en breton, et regrettait le temps où l’« on trouvait encore en Bretagne – dans les bus, les écoles ou autres lieux publics – des panneaux portant : “Interdiction de parler breton et de cracher par terre“ » !

La « stratégie nationale républicaine » défendue par Alain Soral (même s’il nie, cette fois, en être l’inventeur, il la défend et la propage) a ceci de fâcheux que la composante « républicaine » écrase tout le reste, réduisant de facto l’identité nationale aux fameuses « valeurs républicaines » dont la quasi-totalité de la classe politique fait l’alpha et l’oméga de toute réflexion sur le sujet.

D’où, désormais, une définition a minima de l’identité nationale par le Front national, faite d’acceptation desdites « valeurs républicaines », de connaissance de l’histoire de France et de maîtrise de la langue française. En somme, le programme de Nicolas Sarkozy, augmenté de la « préférence nationale » mais sans la « politique de civilisation ». « Obligez Nicolas Sarkozy à tenir ses promesses, votez Front national ! », c’est un bon slogan de campagne ; si ça devient un programme, c’est plus embêtant.

D’où, aussi, dans cette vision purement « républicaine », le retour à une conception jacobine (ou chevénementiste) de la France et l’installation, désormais durable, d’un discours purement hexagonal qui ne laisse aucune place, ni à l’édification d’une puissance européenne, accusée d’attaquer la France par le haut, ni à l’expression des singularités régionales et locales, accusées d’attaquer la France par le bas.

Et l’on en arrive à ce paradoxe que, concrètement, car c’est tout de même à la réalité que se mesure le bien-fondé ou non d’une « stratégie », dans cette France désincarnée, réduite à une idée, où l’appartenance n’est plus définie que de façon abstraite, ne parviennent plus à défendre leur véritable identité (ethnique, religieuse, culturelle) que ceux qui ont le plus de vigueur, se sentent dans une phase conquérante ou disposent des plus forts soutiens, et savent s’affirmer, non plus dans la France mais malgré la France ou contre elle. A ce jeu-là, ce n’est pas le Français de souche qui en sortira vainqueur. Ni la France, s’il en reste quelque chose.


parrabellumtango

... Et Faye méprise Soral qui déteste Dantec... AH! tout ces fromages au lait cru!

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