Salon de lecture

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R. Redeker, Le Soldat impossible, éd. Pierre-Guillaume de Roux, 2014

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Présentation alléchante d'un livre: comme toujours, si quelqu'un en sait plus ou a déjà lu le livre, je suis preneur de tout commentaire ou fiche... (Georges)

DEVENIR SOLDAT : MISSION IMPOSSIBLE ?

Devenir soldat, tuer et mourir pour la France, porter l’uniforme, n’est plus un rêve d’adolescent ni un honneur pour leurs familles. L’image qu’en diffusent les médias en fait presque une honte, une faute.
Toute action guerrière se voit aujourd’hui rapprochée du nazisme. Ce fut le cas pour l’Amérique de Bush, c’est quotidiennement le cas pour Israël. Les CRS parisiens chargés de contenir les turbulents monômes de Mai 68 furent à leur tour bien abusivement assimilés à des SS : « CRS=SS » ! La rationalité qui pouvait encore défendre l’idée de guerre jusqu’en 1939, malgré le souvenir monstrueux de la guerre 1914-1918, est devenue inaudible. Or, malgré les apparences, le pacifisme dominant d’aujourd’hui, se révèle lourd de dangers. Ce refoulement de la guerre, qui est allé en France jusqu’à la suppression du service militaire universel et obligatoire, prépare de sauvages retours de violence à l’occasion de la prochaine guerre. Celle-ci – dans la mesure où l’histoire surplombe le destin des empires et des nations, voués à la répétition – surviendra un jour ou l’autre. Elle surprendra l’Europe, comme un voleur dans la nuit. Les Européens y seront encore moins bien préparés – en particulier sur le plan de l’éthique des combats, de la maîtrise de ses pulsions, de son sadisme - que ne l’étaient les Français de 1940. La combinaison de ce refoulement et de cette impréparation augure une explosion de sauvagerie sans précédent dont les masses européennes seront les coupables dès les premières escarmouches.

POINTS FORTS

- Une brillante histoire et dialectique de la philosophie de la guerre à travers l’histoire européenne
- Le constat du « déni d’humanité » qu’engendre le pacifisme
- Le processus de dévalorisation de l’esprit militaire dans la société contemporaine

A PROPOS DE ROBERT REDEKER

Agrégé de philosophie, il a notamment publié :

L’Emprise sportive, François Bourin, 2012
La Fabrique de l’homme nouveau, Fayard, 2010
Yes, we can », Pleins Feux, 2009
Le Progrès ou l’opium de l’histoire, Pleins Feux, 2004
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Dans la presse

Robert Redeker invité de Philippe Vallet sur France Info (18 février 2014)
Ecoutez l'entretien de Robert Redeker avec Philippe Vallet sur France Info [lien] au sujet du Soldat impossible (Pierre-Guillaume de Roux, 2014).

Le Figaro magazine: Si vis pacem para bellum (31 janvier 2014)
EN Centrafrique, au Mali ou en Afghanistan, de jeunes hommes ont récemment perdu la vie sous l'uniforme français. Quel écho rencontrent ces morts survenues dans le cadre militaire ? Dans la société, il est faible. En dépit du caractère populaire que conserve le défilé du 14 Juillet, un fossé se creuse, aujourd'hui entre l’armée et la nation. Non pas en raison d'un antimilitarisme de principe, comme lors des années post 68 , pas plus en raison de la suppression du service militaire qui, dans l'hypothèse où il serait rétabli, ne changerait rien à la configuration dont résulte ce divorce rien n'empêche que chronologiquement, géographiquement et mentalement, la guerre s'éloigne des Européens, au point que le soldat devient une figure impensée et donc « impossible », selon la formule de Robert Redeker « L’Européen contemporain, observe ce dernier, ne peut se représenter lui-même en uniforme et en armes mourant dans des tranchées, agonisant au feu en rase campagne, au coin d'une rue, au nom de sa patrie. Ni au nom d'aucun autre idéal. Ce sentiment et ce sacrifice lui sont devenus étrangers »

Agrégé de philosophie, auteur de nombreux essais et par ailleurs victime d’une quasi-fatwa, en 2006, à la suite d’une tribune à caractère polémique sur l’islam parue dans Le Figaro, menace qui lui vaut toujours de vivre sous protection policière et dans une semi-clandestinité, Redeker rappelle la place et le rôle de la guerre depuis les origines de l'humanité, et s'interroge pour savoir pourquoi la France et les autres nations d'Europe ont expulsé le combattant de leur imaginaire. Le traumatisme des deux guerres mondiales, la survalorisation de la construction européenne et son corollaire, le dénigrement de l'Etat national fournissent l'essentiel de l'explication. Mais pas sa totalité. En philosophe, l’auteur désigne d’autres influences la sensibilité victimiste, la disparition de l'altérité, la manie de la repentance. « Profondément ancrée dans la structure de l’humain, souligne Redeker, la guerre n'est pas inhumaine. • elle est humaine, trop humaine. » Manière de rappeler que nous n'en serons jamais débarrassés, hélas ! et que le meilleur moyen de servir la paix reste de savoir faire la guerre
JEAN SEVILLIA

Le Figaro: Robert Redeker, l'appel au soldat (15 janvier 2014)
En cet après-midi de janvier, une averse passe dans la rue de Richelieu où se trouve le petit bureau de l'éditeur Pierre-Guillaume de Roux. Dans un immeuble où vécut jadis Diderot, se tient un homme rondouillet, un appareil de photo à la main. Il pourrait être un badaud de passage. Il a fait la route depuis Toulouse pour cet entretien, avant de repartir incognito dans les profondeurs du Sud-Ouest, vers une adresse inconnue. Il est accueilli avec un air de conspirateur par son éditeur, qui s'est fait une spécialité des écrivains étiquetés parfois très à droite, sulfureux si possible. Ici, on cultive une atmosphère de résistance contre les procureurs qui clouent au pilori les mauvais coucheurs, invectiveurs, trouble-fête bannis des banquets de la République des Lettres. On publie et on défend comme un martyr de la cause Richard Millet, auteur d'un texte provocateur intitulé Eloge littéraire d'Anders Breivik. Ici, on aimerait aussi publier le talentueux Renaud Camus, mais cet autre flamboyant paria, qui s'autoédite depuis qu'il a annoncé en 2012 qu'il voterait Marine Le Pen, est au-dessus des moyens de «PGDR».

Pour le moment. Ce jour-là, c'est un autre réprouvé qui est arrivé des environs de Toulouse. Sur le trottoir d'en face, deux agents de la DST veillent dans une voiture de police banalisée. Robert Redeker a publié en 2006 une tribune dans les colonnes du Figaro qui lui a valu d'être menacé de mort par un djihadiste fou, décédé depuis dans une opération kamikaze contre la CIA en Afghanistan. Depuis, il vit en semi-clandestin. Même s'il ne s'agissait pas techniquement d'une fatwa, même si celui qui avait réclamé sa mort n'est plus de ce monde, Redeker est toujours protégé comme si un illuminé pouvait se jeter sur lui à tout moment. Sorte de Salman Rushdie d'Occitanie, la renommée internationale en moins, le prof de philo donne des cours par correspondance, fait quelques conférences ici et là, et médite sur le déclin de l'Occident. Il a appris à vivre avec ses gardes du corps, en vacances, au restaurant, dans l'avion. Il a été remercié par l'École nationale d'aviation civile où il était professeur : « Ils m'ont dit que c'était trop dangereux pour le personnel, note-t-il, on comprend mieux ce qu'a été la collaboration», ajoute-t-il sur un ton presque chuchoté. Car Robert Redeker, le boulimique des tribunes et des polémiques, n'a pas l'air d'un foudre de guerre. Avec sa bouille ronde et son regard doux, il n'a rien d'un Godefroy de Bouillon flamberge au vent, prêt à pourfendre les fous d'Allah. Mais il faut se méfier de l'apparence placide : elle cache parfois des bouillonnements inattendus.

À presque 60 ans, cet homme aux cheveux grisonnants, chaussé de lunettes ovales, fait aujourd'hui l'apologie des guerres d'antan. Quand tous les responsables politiques aujourd'hui célèbrent la paix que connaît l'Europe depuis 1945, le propos a de quoi surprendre.
Il publie cette semaine Le Soldat impossible, une ode au guerrier qui gît tapi dans l'âme profonde du monde. Nous avons oublié la vérité de toute chose, nous dit Redeker : l'univers est en lutte cyclique et continuelle. L'appel au « rêve millénariste d'une paix perpétuelle » n'est qu'un endormissement trompeur avant des réveils difficiles, prédit-il. « La guerre surprendra l'Europe, comme un voleur dans la nuit », écrit-il, en citant le péril climatique ou la démographie africaine. Et de fait, il ne croit pas au projet d'une armée européenne : la guerre se mène « avec le cœur », il y faut pour cela une histoire nationale en fusion, pas les injonctions d'un sous-ministre letton aux Affaires étrangères. Redeker admire les nations combattantes qui s'identifient par toutes leurs fibres à leur armée, d'Israël aux États-Unis, de l'Iran à... la Suisse. Il regrette aussi un « 14 Juillet dépolitisé, comédie vintage avec lequel notre peuple trompe sa posthistoricité ». Un point sur lequel son pessimisme paraît surjoué : le 14 Juillet reste pour les Français un rendez-vous non négociable comme on l'a vu quand Eva Joly avait proposé de supprimer le défilé militaire.

On comprend mieux son côté « fanamili » en l'écoutant raconter l'histoire de sa famille : son grand-père allemand francophile a fait Verdun et refusé le nazisme, son père fut versé en 1942 dans l’Afrikakorps et fait prisonnier par les Alliés. Après 1945, toute la famille s'est installée dans la région toulousaine et le « petit Allemand » fut envoyé faire ses études chez les bonnes sœurs. Avec le centenaire de 1914, le livre de Redeker ouvre le bal des nostalgiques du temps où les hommes allaient chercher la liberté dans le sang et la boue.
« Le soldat qui a la mort pour seul avenir ne s'appartient plus. Il est libéré de lui-même, de son moi, il accède à une liberté plus haute », chante Redeker en citant de beaux textes de Teilhard de Chardin ou Ernst Jünger qui ont connu ce « dépucelage de l'horreur » qu'est le baptême du feu, comme dit Céline. Un comme dit Céline. Un autre livre passionnant, Sous le feu, du colonel Michel Goya (Éditions Tallandier), étudie lui aussi, en multipliant les exemples, comment le combat change la psychologie des hommes. Pour Redeker, l'expérience combattante est un trésor qu'on dilapide. « Le soldat a subi un sort semblable au prêtre catholique et au professeur », se lamente-t-il. Il écrit de belles pages sur la nécessité de l'uniforme, sur « (à chair nationale», et son éloge sonne juste à sa façon parfois boursouflée, parfois aveuglée de sa propre poésie. Oui, la guerre est toujours là, et ceux qui voudraient l'oublier commettent la pire des fautes. Pourtant, elle n'est pas toujours nécessaire. « Je me suis trompé en 2003 en soutenant l'intervention américaine », avoue cet ami d'Israël et des États-Unis.

Néanmoins, Redeker ne fait pas de politique active. Il s'y refuse après une expérience en 2002 comme responsable de la campagne présidentielle de Jean-Pierre Chevènement en Haute-Garonne. Mais la politique, souvent, le rattrape. Il a signé récemment une pétition contre les Jeux olympiques de Sotchi en Russie. « Olivier Besancenot et Poutou ont retiré leur nom en voyant le mien, ils ne voulaient pas se retrouver aux côtés de ce "réactionnaire raciste et homophobe".» Et Dieudonné ? Au nom de la liberté d'expression, Redeker défend-il les spectacles de l'humoriste ? « Il y a eu une gestion maladroite qui a fait d'un saltimbanque l’ennemi public numéro un. Mais une sanction était légitime. Car son cas est différent du mien. Dans Le Figaro, j'avais dit des généralités sur l'islam. Dieudonné en revanche a suggéré d'envoyer un homme dans les chambres à gaz, et c'est abject. Et puis nier la vérité historique, c'est quand même embêtant, il le fait sur le mode de l'humour, mais c'est une façon de faire de la politique, et ça n'est pas possible. »
CHARLES JAIGU

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