Salon de lecture

Salon de lecture

La Tragédie de l’Épuration (Le Système 1943-1951) , Jean Mazé, Préface du Dr Bernard Plouvier. Éditions Déterna, collection « vérités pour l’Histoire », 300 pages, 31 euros.
Vu sur Internet



source du texte ci-dessous : [lien]




réédition : Jean Maze, Le système, Déterna éditions

Jean Mazé - La tragédie de l'épuration - Le système 1943-1951.



Date: June 4th 2012
« De Gaulle s’est avéré incapable de maîtriser les haines partisanes (à commencer par la sienne) et d’empêcher l’orgie criminelle d’une tourbe qui n’avait rien de commun avec les authentiques héros de la Résistance et de la France Libre »



Entretien avec le Dr Bernard Plouvier, préfacier du livre de Jean Mazé (propos recueillis par Fabrice Dutilleul)


Sitôt réédité après 70 années d’oubli ou de purgatoire, ce livre est un franc succès : cela vous étonne-t-il ?

Pas du tout. L’ouvrage avait fait un « tabac » en 1951, lors de sa parution sous le titre : Le Système. 1943-1951, et ce en dépit du silence sépulcral de ce qu’il est convenu d’appeler la grande presse. Ce silence s’expliquait en grande partie parce que l’auteur avait décrit de façon très précise l’épuration du monde de l’édition, de l’imprimerie et de la presse. Les années 1944-46 avaient vu un énorme transfert de propriétés dans ce domaine, le plus souvent par expropriation pure et simple et bien des propriétaires ou actionnaires spoliés n’avaient nullement été des « collaborateurs de l’Occupant ».

Que la nouvelle jeunesse de ce livre rencontre un franc succès étonne d’autant moins que l’Épuration a été en France une authentique tragédie.



Une tragédie légale ?

Oui et non ! Mazé décrit fort bien le « bidonnage » juridique, véritablement effarant, qui a servi d’alibi à l’Épuration légale. Dans la préface de cet ouvrage, j’ai dressé une brève notice biographique des trois juristes renommés qui lui ont donné ses fondements hors normes et présidé ensuite à l’application de ces lois d’exception. Le vainqueur a tous les droits, c’est bien connu. Mais l’application du Droit du poing doit s’accompagner d’un minimum de décence : on ne parle pas de justice, encore moins d’éthique, quand on bafoue les règles juridiques de la République. Parallèlement, il y eut une Épuration illégale, criminelle et crapuleuse, fort sanglante dans les départements du sud-ouest et du centre du pays, dirigée par les caciques locaux du Parti communiste français (PCF) et des Francs-tireurs et partisans (FTP) de même obédience moscoutaire, réalisée dans de très nombreux cas par des réfugiés politiques, des « Rouges » espagnols, mais aussi des individus provenant d’autres pays d’Europe. Les authentiques héros de la Résistance s’abstinrent généralement de participer à ces tueries, viols, pillages et incendies criminels, sans même parler du « carnaval moche », celui des femmes tondues (et souvent violées, avec ou sans sévices annexes) pour « collaboration horizontale », d’ailleurs pas toujours avérée.



Pourtant, depuis les années 1980, certains auteurs estiment que l’Épuration à la française aurait été plutôt indulgente.

C’est au sens strict une absurdité, une forme de négationnisme non sanctionnée par la loi, contrairement à d’autres variétés. C’est la manifestation de haine de certains auteurs, généralement issus d’une communauté où l’on est furieux d’avoir constaté la mort naturelle de gens que l’on aurait voulu voir fusillés ou l’absence de jugement de ceux qui s’étaient réfugiés, en 1944 ou 1945, dans les rares États pratiquant le droit d’asile. En réalité, l’Épuration en France a été exceptionnellement lourde et ce n’est pas déflorer l’ouvrage de Mazé que de citer quelques chiffres que l’auteur n’a pu donner, faute de documentation précise à l’époque où il rédigeait son texte, déjà fort précis.

L’Épuration illégale a fait entre 10 000 et 11 000 victimes, dont la plupart ont été torturées voire mutilées (on ne peut, par décence, être plus précis) avant d’être assassinées. Le chiffre de 5 009 exécutions sommaires, présenté en 1974 et repris par la gent universitaire et académique, n’a pris en compte que les dossiers de 53 départements sur les 90 de métropole, négligeant même certains départements où la rumeur publique avait rapporté de vastes tueries ! L’Épuration légale, si l’on s’en tient aux données du ministère de la Justice, a donné lieu à 127 751 procès, aboutissant à 6 763 condamnations à mort avec confiscation intégrale des biens du condamné (767 condamnés ont été exécutés), 38 266 peines de travaux forcés ou de prison avec confiscation totale ou partielle des biens, 49 723 dégradations nationales sans autre condamnation et un peu moins de 33 000 acquittements (26 % du total des procès), après des mois, voire des années de prison préventive. 22 000 fonctionnaires civils et militaires ont été révoqués, pour faire de la place aux clients des nouveaux maîtres et à d’authentiques résistants et Français libres. Divers auteurs ont donné des statistiques plus effarantes encore, singulièrement pour ce qui est des assassinats, des tortures, bref ce qu’il est convenu d’appeler la « justice sommaire », qui n’a rien de commun avec l’institution judiciaire.

Il n’est pas sans intérêt de signaler, ce que ne pouvait faire Mazé à son époque, la date du dernier procès de l’Épuration : 1966, soit à la fin du second règne gaullien, et l’année où furent libérés les derniers prisonniers de l’Épuration : 1983, deux années après la prise de fonction de François Mitterrand !

N’en déplaise aux auteurs minimalistes, mondains et académiques, la Libération ne fut pas une fête de la nation française. Trop d’innocents ont été les victimes des tueries, des viols et des pillages, légaux ou illégaux. Trop de citoyens honnêtes ont été broyés par un système ignoble, sous l’effet de rancunes personnelles, de basses vengeances privées et politiques, de rivalités sexuelles ou professionnelles. Bien des « collaborateurs », singulièrement des membres ou des bienfaiteurs du PCF clandestin, sont passés au travers des mailles du filet.

La responsabilité personnelle du général Charles De Gaulle est énorme dans ce crime perpétré contre l’unité nationale. Quand l’on est incapable d’assumer la première des charges publiques, on ne la brigue pas. De Gaulle s’est avéré incapable de maîtriser les haines partisanes (à commencer par la sienne) et d’empêcher l’orgie criminelle d’une tourbe qui n’avait rien de commun avec les authentiques héros de la Résistance et de la France Libre.

1 appréciations
Hors-ligne
Ca me rappelle un roman qui traite de cette période: Plaidoyer pour personne, Presses de la Cité, 1973, de François Ponthier.
J'aime cet auteur, injustement méconnu, pour l'anti-manichéisme dont il fait preuve dans tous ses romans: on n'y trouve ni bons ni méchants, mais des hommes qui s'engagent et suivent leurs passions, un peu comme dans la vraie vie... Là, le héro est un jeune avocat qui a fait campagne dans l'Armée d'Afrique et qui s'oppose à un FTP qui se découvre une vocation de Fouquier-Tinville au temps de l'épuration. Il défend un jeune "malgré nous" qui s'est illustré sur le front de l'Est, et qu'il avait connu avant la guerre. Finalement, il obtiendra que le cas soit jugé dans les règles et gagnera son procès, ce qui assure le triomphe de la justice formelle, mais en se rendant compte au fur et à mesure qu'il devait pour ça couvrir des agissements qui, eux, étaient difficilement compatibles avec une notion plus élevée de la Justice...
Pour ceux qui ne connaissent pas François Ponthier, on peut trouver ce livre (et les autres) d'occasion sur le site Price Minister, en utilisant par exemple le bandeau publicitaire de la page d'accueil de ce blog avec, à la clé, un bon de réduction de 7€... Le cas échéant, merci de me dire ce qu'il en est car je ne sais même pas si le lien est toujours actif!

Répondre
Pseudo :
Adresse e-mail:


Se souvenir de mes infos ( pseudo et e-mail ) :
Cochez la case ci-contre :

Ces blogs de Politique & Société pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 38 autres membres