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L'ennemi intime (2007)

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Au risque de surprendre peut-être des amis, j’ai plutôt bien apprécié ce film, qui décrit une période encore difficile à évoquer sans trop de manichéisme (la pire imposture intellectuelle, mais tellement répandue de nos jours !)…

L’histoire centrale du jeune lieutenant appelé, arrivant dans une unité mixte de harkis en Kabylie, plein d’idéaux déontologiques qui ne tarderont pas à s’effriter au contact d’une situation complexe et des passions exacerbées, n’est pas sans rappeler le dernier roman de Volkoff, Le tortionnaire (Editions du Rocher, 2006). Le climat de cette guerre insurrectionnelle révolutionnaire (que menait objectivement le FLN) est bien rendu a travers son cortège d’horreurs, à commencer par la terreur systématique pratiquée par l’ALN contre les civils jugés trop tièdes à leur égard : sourires kabyles collectifs et mutilations faciales exemplaires… Pour rester équitable, on a aussi une scène, historiquement douteuse, d’un massacre de représailles à la mitrailleuse (!) par l’armée française contre un village entier, où ne restaient que les femmes, enfants et vieillards (tant qu’à faire !)… Pourtant, les scènes avérées de bombardements au napalm, de tortures et de « corvées de bois » auraient pu suffire pour montrer que les seconds étaient aussi « méchants » que les premiers !

Le film montre assez bien l’inadaptation d’une armée, encore assez classique au moins dans ses mentalités, face à ce nouveau type de guerre totalitaire, où tout civil est ennemi, potentiellement ou actuellement, par conviction ou par terreur, et dont la théorisation n’en est qu’à ses balbutiements, après la guerre d’Indochine. Certes, ce trait est grossi par l’occultation de toutes les tentatives d’action sociale militaire, mais il n’en reste pas moins pertinent, surtout dans une zone où la pacification n’était pas encore amorcée.

Une « corvée de bois » donne l’occasion d’une scène instructive quant à l’embrasement des passions : le rebelle qui doit être exécuté est un ancien du corps expéditionnaire en Italie et se retourne au dernier moment pour arborer sur sa poitrine sa Croix de Guerre. Gagné ! Le sous-officier, vieux briscard pourtant cynique, est touché et donne l’ordre de ne pas tirer. Mais un coup partira, de la part d’un des harkis, lui aussi ancien de Monte Cassino, parce que sa famille a été massacrée par le FLN… Les personnages ne sont jamais manichéens, mais seulement submergés par leurs passions. Même le méchant officier explique qu’avant d’être tortionnaire, il a connu la torture comme victime, dans son passé de résistant. (Remarquez, il aurait été historiquement douteux de ressusciter un officier français en Algérie, qui aurait fait ses classes dans la Charlemagne : ceux qui ont pu se trouver – non gradés – dans le Corps expéditionnaire d’Indochine y sont morts ou n’ont pas fait carrière…)

Le signe encourageant de ce film réside dans l’apparente chute de certains tabous : la politique de terreur du FLN (d’ailleurs inévitable dans son contexte, pour qu’une minorité active se retrouve effectivement « comme un poisson dans l’eau ») n’est pas niée et l’on aperçoit dès le début du film un mutilé facial, avec la signification de ce châtiment. Imaginez les réactions qui ont eu lieu après la publication par Roger Holleindre, il y a 20 ans, d’une plaquette qui montrait des photos de nez et lèvres coupés, et autres joyeusetés réservées aux « collabos » (finalement, à tout prendre, je préfère la tonte des cheveux…) ! C’était nécessairement les délires truqués d’un facho ! Peut-être qu’après 50 ans, un regard objectif et dépassionné d’historien commence à être autorisé ?

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