Salon de lecture

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Le porteur de serviette (il portaborse - 1991)

Fiche technique
Film - Italie - 1991 - 1h30 - Couleur
Réalisateur :
Daniele Luchetti
Scénario :
Franco Bernini - Angelo Pasquini
Musique :
Dario Lucantoni
Interprètes :
Nanni Moretti (Cesare Botero) - Silvio Orlando (Luciano Sandulli) - Anne Roussel (Juliette) - Guilio Brogi (Francesco Sanna) - Angela Finocchiaro (Irène) – Graziano Giusti (Sebastiano Tramonti) - Lucio Allocca (Remo Gola)

Le film est une description sociologique de la démocratie moderne, tant italienne que française. Le réalisateur D. Luchetti est un homme de gauche massacrant avec délectation un ministre de gauche (PSI). La critique cinématographique cherche à l’absoudre de ce crime en montrant que la cible habituelle du cinéma italien a toujours été la Démocratie chrétienne. Une fois n’est donc pas coutume !

Les personnages

En première approche le personnage le plus sympathique est le professeur Luciano. La Critique, qui a les yeux de Chimène pour un professeur de gauche, le décrit d’ailleurs comme un naïf égaré en politique. En réalité c’est précisément le plus coupable. Le fait qu’il puisse enseigner la littérature en classe de Terminale suppose une capacité intellectuelle qui aurait du l’amener, par devoir d’état, à étudier - non seulement la fiction littéraire - mais encore les réalités de la Cité et la science politique. A son niveau de connaissance l’ignorance de ce qui se cache derrière la démocratie moderne est coupable.
Bien mieux, il bénéficie sans vergogne des prébendes liées à ses nouvelles fonctions.
Et in fine sa réaction contre le système est puérile (sursaut en forme de rage de dent aurait dit Jean Ousset).
Botero lui reproche ironiquement son modérantisme (état d’esprit favorable a priori au compromis):
« Je t’ai fait une faveur avec ta fiancée. Et quel cadeau m’as-tu apporté ? Avec vous, le monde est plus fantaisiste et plus coloré mais ne change pas. »

Les personnages secondaires sont intéressants :
L’avocat Zollo, le meilleur élève du professeur, qui défend la classe politique contre la législation anticorruption et qui s’attire le commentaire suivant du professeur : « Non, Zollo, non ! »
Le père de famille Illica qui doit la libération de son fils à Botero n’a pas même la reconnaissance du ventre : « Je ne suis le porteur de serviette de personne ».
L’adjoint de Botero, Gola, « son voleur de secrétaire ».
Le journaliste Sanna, véhément, maladroit, mais probablement le seul véritablement honnête.

Le ministre Botero est un homme de gauche, actif et cynique. En privé ses remarques désabusées sont à l’emporte pièce :
« Je suis entouré de vils et d’hypocrites disant toujours oui ou tout va bien. »
« Ça veut dire quoi moraliser le parti ? »
Mais en public il est parfaitement capable d’utiliser la langue de bois de la classe politique :
« L’élection démontre que quand la lutte politique est ouverte, loyale, démocratique, elle représente le fondement de la société et la garantie possible de l’alternance des hommes et des partis ».

Les grands thèmes du film

+ Le système (c’est-à-dire la cause formelle de la société politique)
Le système est rigoureux ; pas d’échappatoire. Y mettre un doigt, c’est y passer tout entier.

+ La classe politique (c’est-à-dire l’oligarchie au pouvoir)
Ces hommes politiques sont des professionnels. Ils recherchent le pouvoir pour le pouvoir ; ni en vue de la poursuite du bien commun, ni même pour des prébendes.
Et cette classe est héréditaire. Voir par exemple Botero parlant de ses enfants : « Quand je vois mes enfants et que bientôt ce sera à eux… ».
Le principal concurrent de Botero n’apparaît pas sous un jour meilleur. D’ailleurs la nomination des présidents est arrangée entre le PSI et la Démocratie Chrétienne.

+ Le modérantisme
Tout le monde, à quelques exceptions près, s’accommode du système. Même le meilleur élève du professeur.



Disponibilité du film : par un hasard tout à fait extraordinaire, ce film n’est pas disponible en DVD, uniquement en VHS (sous-titré en français). Encore n’est-il pas facile à trouver sous cette dernière présentation. Par contre pour ceux qui maîtrisent l’italien, le film est disponible sur le net.

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