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Affaire Madoff : la malhonnêteté ordinaire, par Paul Jorion

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Cet article est tiré du site « Contre Info » [lien], dans lequel on peut trouver de nombreux articles interessants du meme auteur sur la crise actuelle.

Par Paul Jorion, 15 décembre 2008
La version officielle de l’affaire Madoff, est que l’ancien patron du NASDAQ avoua à ses fils que son entreprise n’était qu’une gigantesque pyramide, une cavalerie où l’on verse aux clients plus anciens les fonds qu’apportent les plus récents, et que ceux-ci - probablement subjugués par l’indignation - allèrent vendre la mèche à la police.
Il y a de nombreuses raisons de remettre en cause cette version officielle. D’abord le fait que ce soient ses fils qui aient contacté la police. Vous feriez ça à votre père, homme d’affaires à la stature colossale, parce qu’il a été malhonnête ? Ensuite, les fils Madoff sont non seulement financiers eux-mêmes, mais travaillant aussi dans l’affaire du papa (même si ce n’est pas dans le même département) : pas des enfants de chœur non plus donc et peu susceptibles de tomber à la renverse en apprenant qu’une affaire rentable l’est essentiellement parce qu’elle est une pyramide. Le chiffre de 50 milliards de dollars manquant dans la caisse a éventuellement pu les surprendre.
Je lis les journaux et je vois que ce que l’on essaie de nous vendre, c’est de la consternation : « Comment est-ce Dieu possible ? » C’est possible parce que la pyramide est le meilleur business plan que l’on puisse imaginer : la formule par défaut qu’ignorent seulement les gagne-petit qui - par manque de relations - sont obligés de vraiment vendre quelque chose.
Passons alors aux vraies questions. La première : combien de hedge funds, de fonds d’investissement spéculatifs, fonctionnent-ils sur un autre schéma que la cavalerie, que la fuite en avant ? Étendons la question : combien d’établissements financiers (1) ? Deuxième question : combien de clients de Mr. Madoff ignoraient-ils que son fonds était une pyramide ?
Ma réponse, à vue de nez, pour chacune de ces deux questions, est qu’on peut les compter sur les doigts d’une seule main.
Les lecteurs de mon blog - et apparemment de blogs apparentés - succombent souvent à la théorie du complot pour expliquer ce qui se passe en finance et je leur répète inlassablement : « Vous ne comprenez pas : en finance, les complots ne sont pas nécessaires ! »
Bien sûr, ceux des clients grugés de Mr. Bernard Madoff, dont la participation à son fonds était passée par l’intermédiaire d’une banque, vont se tourner vers celle-ci et glapir pour réclamer l’argent qu’ils ont perdu. C’est de bonne guerre : malheur aux vaincus ! Mais ignoraient-ils vraiment ce qui se tramait ? Un fonds qui fonctionnait comme un mouvement d’horlogerie et rapporta pendant vingt ans 1 % par mois, qu’il pleuve ou qu’il vente ? Un fonds dont les journaux rapportaient depuis 1999 qu’il était une pyramide, après qu’un certain Mr. Markopoulos avait alerté sans effet la SEC (Securities & Exchange Commission), le régulateur des marchés financiers ? Non : pour participer au fonds, il fallait être parrainé, et ce que votre parrain devait vous glisser dans le tuyau de l’oreille, c’était ceci : « C’est l’ancien patron du NASDAQ, personne n’ira jamais voir ! Et s’ils devaient jamais aller regarder : il siège dans tous les comités de surveillance ! »
Alors, pourquoi les fils ont-ils vendu la mèche ? Un commentateur sur mon blog avance l’hypothèse suivante : « Quelqu’un a dû lui dire qu’il allait lui faire la peau et les fils ont pensé qu’il valait mieux pour leur père d’être sous les verrous ». C’est bien possible mais - comme vous le savez - la maison ici ne fait pas dans la supputation.

(1) Franco Modigliani, Prix Nobel d’économie, écrivait en 1992 : « ... une banque dans une position délicate ne doit pas automatiquement déposer son bilan tant qu’elle est à même de verser à ses épargnants intérêt et principal, faisant pour cela appel à ses réserves, ou liquidant certains de ses actifs, mais surtout, en utilisant la technique dite ‘de Ponzi’ : en attirant de nouveaux clients. » in Frank J. Fabozzi, Franco Modigliani, Mortgage and Mortgage-backed Securities Markets, Boston (Mass.) : Harvard Business School Press 1992, p. 100.

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Et maintenant, le concert des victimes pleureuses, trouvé sur [lien], et qui ne manque pas de piment...

La scène du crime se situe au 17e étage d’un gratte-ciel de New York, où Bernard Madoff a conçu la plus coûteuse escroquerie de l’histoire de Wall Street mais c’est à Palm Beach, en Floride, que cette fraude est ressentie le plus cruellement, comme la trahison d’un ami.
Le courtier américain de 70 ans, accusé d’avoir monté une gigantesque fraude pyramidale de 50 milliards de dollars, vivait une partie de l’année dans ce paradis pour millionnaires de Floride (sud-est).
Cet ancien maître-nageur de Long Island qui s’est hissé à la tête du marché boursier Nasdaq était apprécié des milieux les plus influents.
Il était un habitué du très sélect Palm Beach Country Club et se servait de ses riches amis pour inciter d’autres nantis à investir des millions dans ses fonds.
“La communauté est sous le choc. Personne n’imaginait que quelqu’un comme lui puisse faire cela à ses amis”, explique Carlos Carraca, un habitant de l’île, ajoutant que personne ne parle d’autre chose à Palm Beach.
“Beaucoup de familles ont été ruinées, certains ont tout perdu, des millions”, ajoute-t-il.
Arrêté jeudi à son domicile de Manhattan par la police fédérale, M. Madoff a été remis en liberté contre une caution de 10 millions de dollars.
Les retombées de sa gigantesque escroquerie s’étendent bien au-delà de Wall Street, frappant des investisseurs et les actionnaires des principales banques européennes, dont la française BNP Paribas, qui pourrait perdre potentiellement 350 millions d’euros. La britannique HSBC, troisième banque mondiale par la capitalisation, a reconnu avoir une exposition aux fonds Madoff d’environ un milliard de dollars.
Des fondations comme celle du prix Nobel Elie Wiesel ou du cinéaste Steven Spielberg ne sont pas épargnées.
Et si la plupart des victimes du courtier américain passaient par des intermédiaires pour gérer leur argent, les investisseurs de Palm Beach étaient pour beaucoup des proches de M. Madoff et ont le sentiment d’être trahis par un ami.
Particulièrement choqués, les membres du Palm Beach Country Club, appartenant pour beaucoup à la communauté juive et nombreux à avoir bâti eux-mêmes leur fortune, considéraient Bernard Madoff comme un des leurs.
“C’est un des leurs qui les a trahis,” souligne Laurence Leamer, auteur d’un livre à paraître intitulé “Madness Under the Royal Palms”, sur les nababs de Palm Beach.
“C’est l’ultime enclave en Amérique pour les méga-riches. Ici, littéralement, tout le monde est millionnaire”, poursuit-il.
Connu pour ses somptueux parcours de golf et son élégant Breakers Hotel, Palm Beach abrite en saison quelque 30.000 habitants, patrons de grandes entreprises, auteurs de livres à succès, sportifs célèbres ou richissimes philanthropes.
L’arrrestation du courtier a aussi semé le trouble au sein des oeuvres caritatives juives, inquiètes de voir se tarir les dons des victimes de la fraude… et ceux de Madoff lui-même qui leur dispensait abondamment ses largesses.
Norman Braman, PDG de Braman Motors à Miami, confie avoir investi dans des fonds de Bernard Madoff, comme beaucoup d’autres personnes grugées, en raison de sa remarquable réputation.
Ainsi, les courtiers de Wall Street l’appelaient le “bon du Trésor juif” tant il était considéré comme un investisseur prudent, offrant des retours sur investissements peu élevés mais aussi sûrs que les bons du Trésor américain…
Il bénéficiait aussi de son aura d’ancien patron du Nasdaq.
“Ma situation, mon style de vie (…) ne vont pas être modifiés,” assure M. Braman. “Mais pour les gens qu’il a détruits, les veuves, les retraités, c’est une véritable tragédie”, s’exclame-t-il, refusant de dire combien lui-même a perdu.
Vu sur Internet

Et pour ceux qui n'auraient pas encore bien compris, voici un article de Novopress [lien]:

L’escroquerie Madoff : d’une simplicité toute « biblique »…
18/12/2008 - 19h00 - NEW YORK (NOVOpress) - L’escroquerie échafaudée par Bernard Madoff (« Bernie » pour ses nombreux intimes) est connue sous le nom de « pyramide de Ponzi », du nom de son inventeur - un petit immigré italien de Boston, dans les années 20 - Elle consiste à payer les rendements de ses investisseurs grâce aux apports de nouveaux clients. En période de vaches grasses, tout va bien, mais quand une crise de liquidités frappe les marchés financiers, les investissements nouveaux se tarissent et la plupart des gestionnaires de fonds souhaitent massivement récupérer leur capital. La pyramide s’effondre par les deux bouts…
Conditions requises pour mettre une « arnaque Ponzi » sur pied : inspirer confiance et avoir dans sa poche les autorités de régulation des marchés financiers. Ponzi n’avait arnaqué que de petits épargnants, jouant sur leur cupidité et leur crédulité. Le génie de Madoff, c’est d’avoir réussi à flouer de grands établissements financiers, ainsi que des gens pourtant réputés pour leur flair. Du grand art.
Au temps de sa splendeur, Bernie inspire immensément confiance. C’est un citoyen exemplaire, absolument et définitivement au-dessus de tout soupçon. Administrateur du Nasdaq, grand philanthrope, ami du gotha new-yorkais, il soutient la culture (les théâtres branchés de Broadway), le parti démocrate (Obama aurait bénéficié des largesses de notre homme pour sa campagne), des associations d’aide aux malades, des associations caritatives comme la fondation Wunderkinder de Steven Spielberg ou la fondation Elie Wiesel pour l’humanité, celle-là même qui avait remis son prix annuel à New York, en septembre, à Nicolas Sarkozy, une référence.
Le magnat américain de l’immobilier et des médias Mort Zuckerman, propriétaire entre autres du New York Daily News et de US News & World Report, qui ne jurait que par Madoff, connaîtrait maintenant quelques difficultés financières. La fédération new-yorkaise d’United Jewish Appeal, une organisation juive qui comptait Bernard Madoff parmi ses grands donateurs, qui lui avait confié tous ses sous, a carrément mis la clé sous la porte. Selon Bloomberg, la Fairfield Greenwich Sentry Fund, qui gérait pour 14 milliards de dollars d’encours en aurait perdu plus de la moitié dans l’arnaque. Cinq milliards de dollars envolés pour le North Shore-Long Island Jewish Health System. Victime aussi, le milliardaire Ira Rennert, patron de la holding financière Renco ; la famille Goldberg, ex-propriétaire de la chaîne de supermarchés Stop and Shop ; Carl Shapiro, fondateur de l’entreprise textile Kay Windsor, et son beau-fils, le « philanthrope » Robert Jaffe ; Norman Braman, l’un des premiers concessionnaires automobiles des Etats-Unis ; les entrepreneurs immobiliers Fred Wilpon et Saul Katz, copropriétaires de l’équipe de base-ball des New York Mets ; Leonard Feinstein, fondateur de la chaîne de matériel domestique Bed Bath & Beyond ; le producteur hollywoodien Sam Englebardt, etc., etc. Un vrai petit Who’s who communautaire.
“La Communauté est sous le choc”, confie d’ailleurs Carlos Carraca, un habitant de Palm Beach, cette ville de Floride « où tout le monde est milliardaire ». “Personne n’imaginait que quelqu’un comme lui puisse faire cela à ses amis”. “C’est un des leurs qui les a trahis,” souligne également Laurence Leamer, auteur d’un livre à paraître intitulé “Madness Under the Royal Palms”, ajoutant « N’importe qui peut se faire voler. Mais l’arnaque de Madoff est bien pire, parce qu’il était l’un d’entre eux »…
Oui, c’est bien cela qui est intolérable et qui relativise les milliards de dollars de pertes de BNP Paribas, Natixis, Dexia, Santander, BBVA, HSBC, Royal Bank of Scotland et autre Fortis. Puissent les petits porteurs français le comprendre, qui viennent de demander de manière un peu déplacée “que toute la lumière soit faite” sur les conséquences franco-françaises de l’arnaque Madoff.

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MAZELDOFF $$$

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Bref, c'est tellement abominaffreux que Elie Wiesel lui-même en perd la solidarité qu'il doit à ses correligionnaires:
« Psychopathe est un mot trop gentil pour le qualifier », a déclaré M. Wiesel à propos de Bernard Madoff. « Il devrait être placé à l'isolement pendant au moins cinq ans avec un écran sur lequel seraient diffusées des photos de ses victimes (…). Il faudrait inventer n'importe quoi pour le faire souffrir (…). Il devrait être présenté à des juges qui trouveraient un châtiment », a ajouté ce survivant de l'Holocauste. (SOURCE : « The New York Post » du 27/02/09.)
Georges

Et pour continuer cette histoire dramatique, on apprend que le sieur Madoff aurait été malmené par quelques codétenus avec, à la clef, nez et cotes cassés, et quelques broutilles du genre: [lien]
Quand on vous dit que ce monde est rempli de méchants!

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